Des incursions dans l’entreprise contributive

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5 min

Sabrina Roszak
Doyen associé de l’Académie Digitalisation
SKEMA Business School

L’Afrique du Sud, laboratoire du Reporting extra financier obligatoire depuis 2011

En Afrique du Sud, la production d’un Rapport Intégré (RI) est obligatoire depuis 2011. Introduit en 2013 par l’International Integrated Reporting Comite (IIRC), le RI se fonde sur la « Pensée Intégrée » qui vise à repenser le modèle d’affaires de l’entreprise en prenant en considération l’ensemble des ressources qui y contribuent (et qu’elle affectera en retour), à la fois financières et non financières. De nombreuses études soulignent une amélioration de la communication d’entreprise des sociétés sud-africaines depuis cette obligation légale (Baboukardos and Rimmel, 2016 ; Barth et al., 2017 ; Sukhari and de Villiers, 2019 ; Zhou et al., 2015). Cependant, peu d’entre elles mettent en évidence ses effets positifs sur les pratiques internes (Moolman et al., 2019 ; Steyn, 2014). Globalement, la littérature académique s’accorde pour dire que les modèles de type push (forçant les organisations à intégrer les pratiques RSE) peuvent initier quelques changements mais ces changements sont très longs à mettre en œuvre et n’affectent pas l’organisation en profondeur.

En effet, dans un entretien réalisé en juin 2023, le directeur RSE d’une entreprise minière cotée en Afrique du Sud nous expliquait que le Reporting Intégré avait contribué à « façonner et à influencer » la réflexion stratégique de l’organisation, notamment en termes d’usage des ressources naturelles, du management de leurs ressources humaines ou encore de lutte contre le changement climatique. Mais il estime qu’il reste encore beaucoup de progrès à réaliser pour « ancrer » la Pensée Intégrée dans l’organisation. Il explique que, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’investissement, les questions opérationnelles et financières jouent toujours un rôle dominant ; les problématiques sociales ou environnementales quant à elles, sont rarement abordées, à moins qu’il n’y ait des enjeux légaux associés. « Au sein de mon organisation, la Pensée Intégrée est encore une pratique en pleine évolution. »

Plutôt que discipliner, développer la Pensée Intégrée dans les équipes de direction

L’élaboration d’un ouvrage collectif à SKEMA sur la Pensée Intégrée en collaboration avec des professionnels et experts RSE a fait émerger l’importance de la participation active des « responsables de la gouvernance » – c’est-à-dire le conseil d’administration et la direction générale – à la diffusion de la Pensée Intégrée dans l’ensemble de l’organisation. Comme le souligne Philippe Peuch-Lestrade, consultant en stratégie d’entreprise et expert sur ces sujets, « les pieds ne bougent que sur instruction du cerveau ». Pour cultiver la Pensée Intégrée au niveau de l’organisation, les personnes chargées de la gouvernance doivent reconnaître que l’entreprise peut être une source de co-construction. Différents outils peuvent être mobilisés : formation, systèmes de rémunération…Par exemple, l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol a sensibilisé et formé son comité exécutif et les membres de son conseil d’administration à la Pensée Intégrée et au Reporting Intégré dès 2013. Chez Generali, Massimo Romano, directeur Reporting Groupe explique que les indicateurs clés de performance en matière de développement durable sont désormais liés au système de rémunération des cadres supérieurs.

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