#1 - JANVIER 2024
Interview : Rafael Segrera
Parler de « sustainability » avec Rafael Segrera, c’est en parler avec un passionné. Le président de la zone Amérique du Sud de Schneider Electric, numéro 1 mondial de la gestion de l’énergie, du software et des automatisations industrielles, nous raconte comment l’entreprise, qu’il a vu se transformer au cours des deux dernières décennies, a misé sur la technologie pour intégrer l’ESG à sa stratégie. Au nom de la planète, et du business.

Rafael Segrera
Président de la zone Amérique du Sud, Schneider Electric
“La ‘sustainability’
est bonne pour
l’environnement et les
personnes, mais aussi
pour le business”
Schneider Electric est souvent cité en exemple en matière d’ESG. Pour accélérer votre transformation, vous avez essentiellement misé sur la technologie…
Oui, nous croyons fermement que l’une des manières de s’attaquer au changement climatique passe par la technologie. Nous investissons l’équivalent de 5 % de notre chiffre d’affaires dans la R&D. Combien ça fait 5 % de 36 milliards ? Notre responsabilité c’est de créer des « green products » dans la matière dans laquelle ils sont composés, dans l’énergie qu’ils dépensent et aussi dans leur capacité de communiquer de l’information pour pouvoir monitorer ce qu’ils font. Il faut savoir où on en est pour agir, et pour ça il faut mesurer.
On a mis toute notre technologie dans nos usines et nos centres de distribution. Quand on dit aujourd’hui que nos usines sont 0 % carbone, c’est parce qu’on l’a mesuré, qu’on en a la preuve.
Non seulement vous vous attaquez à votre propre impact, mais en plus vous aidez vos clients à améliorer le leur…
Oui, c’est ce qu’on fait : on aide nos clients à décarboner leurs procédés. On a donc développé une quantité d’offres en termes de mesure de consommation et de qualité de l’énergie, et de digitalisation de cette mesure.
Il ne suffit pas de capturer l’information mais d’être capable de la communiquer. C’est le niveau 2, celui de l’automation, de la concentration de l’information pour pouvoir l’analyser et entreprendre des actions. Aujourd’hui, tous les produits que l’on vend sont donc connectables. Ils ne sont pas forcément connectés, mais ils sont connectables. La technologie existe. Si on l’utilise comme il le faut, on peut arriver à de beaux résultats. En moyenne, c’est 30 % d’économies d’énergie générées dans les usines de nos clients et globalement dans toutes leurs infrastructures.
C’est le fruit de nombreuses années de changement, d’engagement, de transformation. Nous y sommes arrivés grâce à un leadership qui a su dire : la « sustainability » est bonne pour l’environnement et les personnes, mais aussi pour le business.
Au-delà de la technologie, est-ce aussi un défi humain ?
Bien sûr. Et c’est pour ça qu’on a pris aussi des engagements très forts dans le domaine de la diversité. À commencer bien sûr par le genre. Mais aussi par l’origine des employés. Schneider Electric est très fier de dire que les responsables de ses grandes aires géographiques sont des locaux. Avant, tous les grands patrons étaient des Français, des hommes, des blancs. C’était juste une réalité. Aujourd’hui parmi nos grands patrons régionaux, vous avez des femmes, des locaux, des origines différentes. Et ça, c’est l’une des plus grandes forces de Schneider. On se considère aujourd’hui comme la plus locale des entreprises globales, ou comme la plus globale des entreprises locales. Et ça, pourquoi ? Surtout pour nos clients : ils veulent qu’on leur parle dans leur propre langue.
Cette transformation prend beaucoup de temps…
Oui. La norme a changé, ça prend du temps. Et le problème qu’on a, c’est justement qu’on n’a plus le temps. La détermination à faire est donc encore plus importante aujourd’hui. Parce que tout le monde n’aura pas 17 ans, comme nous, pour agir. Il ne faut pas craindre d’apprendre des autres pour aller plus vite pour que chacun agisse sur la transformation écologique.
Il ne faut pas craindre d’apprendre des autres pour aller plus vite.
Rafael Segrera, Schneider Electric