#1 - JANVIER 2024
Le cadre est posé

Fabien Seraidarian
Directeur de la Valorisation et du Global Executive MBA
SKEMA Business School
L’avènement de l’entreprise-société
Si l’acronyme ESG s’impose désormais pour rassembler les enjeux de l’ère de l’anthropocène, l’étude des acronymes est très signifiante renvoyant à des représentations et des logiques d’actions qui diffèrent, comme en témoigne la catégorisation posée dans la réflexion menée.
Le langage et les termes utilisés influencent notre approche des enjeux auxquels nous sommes confrontés mettant souvent les parties prenantes dos à dos. Sur le plan politique, après la loi qui réglemente c’est la planification écologique qui répond à l’urgence et au dérèglement climatique. Il en va de même de l’organisation et des démarches mises en œuvre dans l’entreprise comme l’analyse menée le démontre : évolution de la terminologie, organisation (positionnement, structuration des compétences, gouvernance, etc.).
Ces évolutions conceptuelles s’inscrivent dans des champs académiques émergents mais aussi le développement de communautés (Weick, 1995). La littérature sur l’innovation et le développement durable a contribué à l’utilisation de plusieurs notions telles que « l’eco innovation », « la green innovation » ou encore la « sustainable innovation » dans des différentes communautés et géographies introduisant des compréhensions nuancées et générant un ensemble de perspectives et de pratiques variées (Franceschini et al. 2016). L’évolution des notions ou des acronymes et le développement des concepts permettent d’appréhender la complexité du parcours.

Si les catégorisations diffèrent, trois logiques semblent à l’œuvre distinguant l’entreprise durable, l’entreprise contributive et l’entreprise régénérative :
L’ESG s’inscrit dans le temps long malgré la volonté et la nécessité d’obtenir des résultats tangibles au plus vite.
Fabien Seraidarian, SKEMA Business School
L’ESG réinterroge la question de la création de valeur. Il est établi de longue date qu’elle dépasse la valeur actionnariale et économique mais la caractérisation des formes de création de valeur nécessite l’élaboration d’outils et de méthodes de calculs pour se donner des métriques permettant de rendre compte des actions menées. Comment rendre compte dans toute leur complétude des initiatives et innovations sociales introduites par les entreprises ? Comment évaluer l’impact pour la planète des évolutions dans la consommation des biens et services au-delà de la « simple » réduction des matières utilisées ?
Pour autant les référentiels se multiplient et peuvent aussi s’appuyer sur les débats historiques qui cherchent à dépasser le PIB comme indicateur de mesure de la création de richesse. Les différentes catégories distinguent les types de création de valeur : introduisons ici la distinction entre la valeur économique, qui peut bénéficier de choix stratégiques envers davantage de durabilité, et la création de valeur éthique, qui réunit les formes de création de valeur résultant des initiatives ESG caractérisant l’impact environnemental (par exemple, reforestation, régénération des sols…), social (par exemple, impact sur le bien-être et la santé) et la gouvernance (par exemple, impact institutionnel pour le développement de biens communs).

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La figure présente la structuration de la création de valeur selon le modèle. Dans la démarche de l’entreprise régénérative, on distingue les « pure players », c’est-à-dire les firmes natives engagées dans une approche mieux disante concernant l’ESG inscrite dans leur ADN, des entreprises contributives qui peuvent chercher à incuber des structures pour créer des effets d’expériences pour accompagner les dynamiques de transformation.
L’ESG procède d’une dialectique société-entreprise et devient de fait un (macro) processus. La dynamique de l’écosystème est déterminante : le rôle et la posture des parties prenantes
co-évoluent avec l’entreprise.
Fabien Seraidarian, SKEMA Business School
Cette catégorisation permet de révéler plusieurs questions structurantes sur les processus à l’œuvre dans les organisations rencontrées.
L’ESG procède d’une dialectique société-entreprise et devient de fait un (macro) processus. La dynamique de l’écosystème est déterminante : le rôle et la posture des parties prenantes co-évoluent avec l’entreprise. Les acteurs majeurs que sont les organisations non gouvernementales, les organisations de place comme les fédérations, les clients, les fournisseurs, les institutions d’enseignement supérieur et de recherche ou encore les agences permettent aux entreprises de cheminer pour repousser les limites, bâtir de nouvelles pratiques, penser de nouveaux modèles économiques et rendre crédible une raison d’être et une mission en résonance avec le monde du vivant. À noter la place du client devenant plus activiste permettant de réconcilier la sphère économique avec la société. Les ONG dans différents secteurs portent une démarche à la fois politique et technique pour soutenir les acteurs dans les différents secteurs. Les fournisseurs sont invités à renverser la logique dominante pour être porteurs d’initiatives et faire preuve de leadership vis-à-vis de leurs donneurs d’ordre bousculant la hiérarchie des chaines de valeur. Les institutions d’enseignement supérieur et de la recherche contribuent à donner du sens à la technologie et sont déterminantes dans les efforts d’innovation. L’ESG peut par conséquent devenir un grand dessein collectif a minima à l’échelle des écosystèmes, des filières, des territoires.

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