#1 - JANVIER 2024
Portraits : Les passionnés de l’ESG
Ils ne sont pas tous tombés dedans quand ils étaient petits. L’image d’Epinal voudrait que l’acteur du changement, le chevalier de l’ESG soit un jeune cadre idéaliste biberonné à l’écologie et au slogan « There is no planet B ». Mais le terrain, lui, donne bien d’autres visages aux artisans de la métamorphose des entreprises. Ces femmes et ces hommes sont réalistes, expérimentés et ont pour leitmotiv « ce qui se mesure s’améliore ».
La sustainability, Arnaud Rolland ne l’a pas apprise à l’école. L’actuel vice-président CSR chez Lagardère Travel Retail est un autodidacte de l’ESG : il est allé « visiter des usines ». « On apprend auprès des experts de chaque sujet. Si vous vous intéressez aux filières de recyclage, allez voir les gens dont c’est le métier, allez voir les filières des matériaux : du verre, du plastique, du carton… », détaille celui qui a passé plus de 20 ans chez Coca-Cola. « C’est en discutant avec son écosystème que l’on comprend mieux les enjeux. »
Son homologue Sandrine Sommer fait partie du groupe LVMH depuis 25 ans. « C’est mon côté durable », plaisante la CSO de Moët-Hennessy. « Ce ne sont pas des sujets nouveaux pour moi : quand j’étais chez Guerlain, j’ai travaillé 13 ans à la mise en place d’une stratégie ESG. Le président Laurent Boillot a très vite perçu le côté stratégique de ce projet, c’était pionnier en 2007. »
Car ce n’est pas toujours l’homme qui prend l’ESG, c’est parfois l’ESG qui prend l’homme. Agathe Ruckebusch a commencé sa carrière sur « des sujets d’image et de préférence de marque, sur ce qui crée de la différence et de la singularité ». C’est donc tout naturellement qu’elle a rejoint « l’équipe à impact positif » de Leroy Merlin : « je crois vraiment dans le monde qui nous attend. C’est sur ces sujets-là qu’on fera la différence. C’est notre singularité. On ne créera pas la différence sur les prix ou la délivrance face aux pure-players comme Amazon.»
« Aux alentours de ses 40 ans », Agathe Ruckebusch a eu besoin de trouver du sens. Chez tous, ce sens se traduit dans les mots. Tous s’expriment comme des militants. Sandrine Sommer est « convaincue » que les entreprises « ont le pouvoir de faire changer les choses plus vite » ; le Néerlandais Tjeerd Krumpelman, Global head of reporting, regulations & stakeholder management, de la banque ABN AMRO, évoque l’avenir avec la même voix passionnée que le Vénézuélien Rafael Segrera, président de la zone Amérique du Sud de Schneider Electric.
Leur enthousiasme ne trouve qu’une seule limite : pour eux, « il y a encore plus à faire », on ne va pas encore assez vite. Pour y remédier, Rafael Segrera veut rapprocher l’entreprise du monde académique : « on n’a pas suffisamment exploité les résultats de la recherche ». Pour les accélérateurs de l’ESG, rien ne sert de courir mais il faut agir à point.
C’est en discutant avec son écosystème que l’on comprend mieux les enjeux.sur l’extra-financier.
Arnaud Rolland, Lagardère Travel Retail