#1 - JANVIER 2024
Un exercice de transformation et d’anticipation perpétuel

Sabrina Roszak
Doyen associé de l’Académie Digitalisation
SKEMA Business School
Au-delà de la règlementation RSE et d’un changement de cap stratégique insufflé par la Direction, il s’agit d’un exercice constant de transformation et d’anticipation – notamment des réglementations à venir. Au cours de l’entretien, Tjeerd Krumpelman a illustré la nécessité pour toute organisation de s’engager dans une transformation continue en matière de RSE en utilisant la métaphore d’un navire pétrolier. Il explique qu’il ne faut pas lever le pied de l’accélérateur après avoir changé de cap car « si l’on veut accélérer à nouveau, il faut une énorme quantité d’énergie et de temps avant d’atteindre le bon rythme ».
« On ne peut jamais s’arrêter. Il doit s’agir d’un programme jusqu’à la fin des temps. Et je pense que c’est là que nous avons commis une erreur, en levant le pied de l’accélérateur et en pensant que cela irait tout seul. Mais une fois que nous avons ralenti, nous sommes en quelque sorte comme un navire pétrolier… Si l’on veut accélérer à nouveau, il faut une énorme quantité d’énergie et de temps avant d’atteindre le bon rythme. Je crois que nous avons remis le pied sur l’accélérateur. Les moteurs fonctionnent et nous accélérons lentement. Mais il y a maintenant un autre problème qui se profile et que je voudrais vraiment aborder. Il s’agit de la réglementation. Dans le même temps, le monde s’est développé. Le monde a continué à se développer sur le plan de la durabilité. Et ce que le monde a fait, c’est qu’il a décidé, en particulier en Europe, de mettre en place une énorme quantité de réglementations. Si l’on reprend l’exemple de ce grand pétrolier ou de ce grand porte-conteneurs qui vient de mettre le pied sur l’accélérateur, on nous jette en même temps des trucs sur notre bateau qui nous ralentissent ou, du moins, qui déroutent le capitaine avec cette réglementation. »
Cependant, la Pensée Intégrée reste avant tout un « prérequis intellectuel » pour les managers, et plus généralement, pour l’ensemble des parties prenantes. Selon Philippe Peuch-Lestrade, l’évolution de l’état d’esprit des futurs managers ne se fera pas « du jour au lendemain », il faudra probablement « une génération ». Cela nous ramène à la nécessité de repenser les programmes d’écoles de commerce en intégrant des formations spécifiques pour le développement de « soft skills » telles que l’adaptabilité, l’ouverture d’esprit, la pensée critique ou encore la capacité à gérer la complexité (Aras et al., 2022 ; McGuigan et al., 2021). Pour les formations en Finance – comme le suggère le chapitre de Michel-Henry Bouchet -, cela suppose par exemple d’associer l’enseignement des techniques financières quantifiées à une approche qualitative « soft » des transactions financières, afin de mettre en lumière les conséquences sociales de la finance de marché en roue libre.