#2 - MAI 2024
Le leadership authentique dans la pratique : petits gestes et grands changements
Le leadership authentique n’est pas qu’une théorie, c’est une nouvelle façon d’être et de faire, un lâcher-prise dans l’organisation. Qui passe d’abord, personnellement, par une remise en question…
L’inspiration vient parfois d’où on ne l’attend pas. « J’ai entendu cette chanson, vous savez “Let it go”, celle de “La Reine des Neiges”. Et là, j’ai réalisé : mais oui, pourquoi pas ? Et si je me laissais aller ! » On ignore si sa version française « Libérée, délivrée » aurait pu compléter l’état d’esprit de Lily Lu mais, pour la directrice des Ressources humaines South China d’Hilton Worldwide, le « leadership authentique » a commencé par un cri. Dans les organisations, la pratique du leadership a d’abord été granitique. « Chez Renault Group, on n’a longtemps recruté que des gens qui, non seulement étaient des hommes, mais qui, en plus, étaient formés de la même manière, sur les mêmes principes, avec les mêmes priorités, raconte Béatrice Chavanel, sa VP Diversity & Inclusion. Il s’en dégage aujourd’hui un style de management masculin qui n’a rien d’un management générique. »
Parce que oui, vouloir définir le leadership authentique oblige souvent à l’opposer au « leadership masculin » que l’on tend à comparer à un… « leadership féminin ». « Je ne suis pas convaincue que le changement vienne vraiment des femmes », hésite pourtant Karine Lair, directrice générale associée d’Oasys Dirigeants, qui f init par pencher pour une « mixité de leadership ». Et si l’on avait cru que le changement venait des femmes parce qu’il est venu avec les femmes alors qu’il est, en fait, issu d’une plus grande mixité dans les comités directement des organisations.
UN ALIGNEMENT ENTRE L’ÊTRE ET LE FAIRE
Pour le définir, plusieurs mots reviennent dans les bouches des managers que nous avons interrogées : « fragilité », « empathie », « lâcherprise »… Pour Caroline Vaquette, directrice Diversité & Inclusion chez Pernod Ricard, « c’est un travail individuel que chacun doit faire », une « prise de conscience ». Lily Lu a dû passer par-là : « C’est un changement d’état d’esprit. Avec le temps, beaucoup de temps, j’ai commencé à regarder davantage en moi plutôt que vers les résultats. Je me suis dit : “fais-en moins, pense plus”. » Le leadership authentique est une quête vers soi, et pour les autres. Cécile Lefevre, directrice générale adjointe en charge des RH, de la politique RSE et de la transformation du Groupe Pasteur Mutualité, parle de « naturel » et d’un « alignement entre l’être et le faire ». Selon elle, « vous êtes un leader, quand vous démontrez que ce que vous faites, c’est ce que vous êtes. »
Florence Dupré, Global Healthcare Officer chez La Poste Groupe, la complète : « Le leader, c’est le responsable du cadre. Beaucoup de femmes ne se voient pas faire le même job que leur boss, elles oublient que si elles prennent ces postes, elles le feront à leur manière et le cadre finira par leur ressembler. » Elles pourront « casser les silos », allonger l’organisation, donner plus d’horizontalité. Au-delà d’une restructuration hiérarchique, cela passe par « des petits gestes ». Catherine Petit, directrice générale de Moët-Hennessy Brésil, s’est adressée au stagiaire plutôt qu’au manager ; Florence Douroux-Chatellier, qui a l’expérience de direction dans des cultures d’entreprises variées, chez Dyson, Zehnder Group, Microsoft puis Nilfisk a posé des questions : « comment vas-tu ? », « comment puis-je t’aider?»,«de quoi as-tu besoin?» Et elle a même écouté les réponses : « On m’a dit : “Waouh, tu nous écoutes !” C’est pourtant la première des choses à faire quand on décide d’emmener des gens avec soi, mais ils ont reçu du top-down sans arrêt. » Chez Nokia, on l’a souvent appelée « Connecting people ». « J’étais cette personne qui liait les gens. »
Cette distribution de la parole s’accompagne d’une distribution plus large des responsabilités. « J’ai appris avec le temps à savoir demander de l’aide », confie Florence Douroux-Chatellier qui tente aujourd’hui de faire passer le message. « L’autre jour sur un projet RSE j’ai conseillé à un directeur de déléguer : “tu sais, tu pourrais penser à confier ce projet-là à un junior”. » « On est toujours extrêmement surpris des résultats qu’on obtient en donnant du pouvoir et de la responsabilité aux gens », complète Béatrice Chavanel.
Petit à petit, tout s’aligne, « c’est la confiance qui s’installe », clarifie Florence Douroux-Chatellier. Ce mot est souvent prononcé avec un autre : « bienveillance ». A eux deux, ils semblent former le moteur contemporain de la transformation des organisations. Pouvoir être soi, c’est pouvoir donner le meilleur de soi-même. « Si vous ne pouvez pas être authentique au travail, si vous devez constamment cacher qui vous êtes, vous ne pourrez jamais être performant », résume Caroline Vaquette.
Vous êtes un leader, quand vous démontrez que ce que vous faites, c’est ce que vous êtes.
Cécile Lefevre, Groupe Pasteur Mutualité