#2 - MAI 2024
Les femmes avec un « S »
La féminisation des entreprises passe d’abord par des chiffres. S’ils n’ont pas le pouvoir de résoudre tous les problèmes, ils ont celui de révéler ce qui est. Et donc, bien souvent, de mettre en évidence ce qui ne devrait pas être.
« Il y a des indicateurs dans tous les sens. » Ce n’est pas Renault Group qui dira le contraire : pour ne pas se perdre en route, il faut fixer un cap. Et quand on parle à des ingénieurs, « on les challenge sur ce qu’ils aiment : les chiffres ». Dès sa prise de poste en 2021, Béatrice Chavanel, la VP Diversité & Inclusion du manufacturier français, en a fait sa priorité. Il y a « des objectifs de recrutement au niveau des pays, des objectifs de féminisation de la mobilité interne, des objectifs par fonction… » Dans toutes les entreprises, le tableau de bord de la féminisation affiche clairement les compteurs.
« 30 % de femmes directrices générales en 2025 » chez Hilton Worldwide en Chine, « un minimum de 40 % dans le top management et l’équité salariale à partir de 2022 » chez Pernod Ricard, « des instances de direction (ComEx, CoDir) à 50-50 en 2025 » chez Adecco Group. « A partir du moment où on se fixe des objectifs, ça oblige à agir derrière », résume Christine Croibier, directrice du Développement RH du groupe franco-suisse.
Quand on veut…
Et ces objectifs sont volontiers prescriptifs, « sinon dans 50 ans on y sera encore » assène Béatrice Chavanel. Le temps presse et on veut aller vite. Ce qui provoque parfois quelques embouteillages… « Il y a cinq ans, notre nouveau directeur général, très attaché à cette idée, a déclaré qu’il voulait que sa propre équipe de direction et les autres comptent 50 % de femmes, raconte Joanne Kennedy, Chief of Staff de Sanofi R&D. Eh bien, les deux premières années ont été un vrai combat. Aujourd’hui, nous avons atteint l’équilibre parmi les cadres supérieurs, et travaillons à faire de même pour l’échelon du dessus (cadres dirigeants). »
De l’autre côté de l’Atlantique, Catherine Petit constate aussi des ralentissements. Directrice générale de MoëtHennessy au Brésil, elle fait partie des cinq femmes à ce niveau hiérarchique « sur une soixantaine de postes ». Pour atteindre l’objectif des 50 % en 2025, la branche la moins féminisée de LVMH est « assez mal barrée ». « On impose des quotas pour changer la donne mais ça ne se fait malheureusement pas tout seul, il y a beaucoup de travail. »
…ON IMPOSE
Deux éléments ont permis d’accélérer la féminisation chez Sanofi : la sensibilisation des dirigeants, et la publication des données. « C’est ce qui a eu le plus d’impact, témoigne Joanne Kennedy. Vous pouviez voir ce qui se passait, combien de femmes étaient embauchées, comparer les différentes organisations entre elles… » Montrer, c’est inciter à faire plus.
Et faire plus, ça passe parfois par faire preuve d’intransigeance. Dans le meilleur sens du terme. Avant de rejoindre La Poste Groupe, Florence Dupré était présidente de Medtronic France. Quand il s’agissait de nommer des talents, « c’était 50-50 ». Sur les postes « business », hors de question de démarrer un recrutement s’il n’y avait pas autant de femmes que d’hommes sur la short-list des RH. « Si on fait 50-50 dans les entretiens, je vous assure qu’avec le temps, vous obtenez 50-50 sur les nominations. » Le message est clair : quand on veut des femmes compétentes, on les trouve.
Si on fait 50-50 dans les entretiens, je vous assure qu’avec le temps, vous obtenez 50-50 sur les nominations.
Florence Dupré,
Global Healthcare Officer, La Poste Groupe ex-présidente Medtronic Franc