#2 - MAI 2024
Numerus apertus : Pourquoi une femme, ça ne suffit pas
On ne comprend pas toujours la raison d’être des quotas, jusqu’à ce qu’on écoute des femmes dirigeantes raconter leur expérience de la minorité.
Quand on parle de quotas, on parle souvent de mérite. Souvent pour dire qu’un quota, c’est tout le contraire d’un mérite. Quand on parle de quotas, ce dont on ne parle pas, c’est de la signification du nombre. Le quota, on le trouve arbitraire, on se dit que 50 pourrait être 30 ou bien 60, qu’on l’a placé là comme ça.
Mais quand on est seul au milieu d’un groupe d’amis qu’on ne connaît pas, on a bien du mal à être soi. Et, dans le meilleur des cas, on tente finalement d’être comme eux, d’adopter leurs codes et leur humour, de comprendre les blagues qu’ils font et d’en rire comme tout le monde
LE SEUIL DE LA CRITIQUE
Repensez maintenant aux femmes de pouvoir que vous avez trouvées trop « masculines », songez à Margareth Thatcher qu’on a appelé « la dame de fer » et écoutez Stephanie Chasserio, lorsque vous avez trois femmes, elles font preuve de solidarité entre elles. Et quand elles sont quatre ou plus, leurs personnalités commencent à émerger. » Directrice générale associée d’Oasys Dirigeants, Karine Lair a encadré de nombreuses dirigeantes et parfois entendu un discours paradoxal : « Certaines se disaient ravies d’être seules au ComEx ou au CoDir dans cet univers d’hommes. Ça leur donnait une particularité, elles se sentaient écoutées. » professeure de Management et chercheure à SKEMA Business School : « On a tendance à lire ça comme un élément de domination et de soumission à des normes sociales masculines dictées par l’environnement, explique-t-elle dans le podcast “Makes Sense?”. Mais on peut aussi se dire que c’est un signe d’extrême intelligence et d’adaptation à son environnement. Pour percer dans des milieux masculins où les femmes sont une toute petite minorité, voire inexistantes, vous n’avez pas trop le choix que d’adopter les règles du jeu dominant. »
Delphine Henry, présidente d’ENGIE My Power et directrice générale adjointe chez ENGIE Home Services, le ressent aussi : « En CoDir, nous sommes encore tellement minoritaires que les remarques sexistes et les biais de genre perdurent. Nous n’avons pas encore atteint le seuil critique de représentativité qui permettrait de faire évoluer les mentalités. »
Joanne Kennedy a même observé des comportements différents des femmes en fonction de leur nombre. « Selon mon expérience, quand il n’y a qu’une seule femme dans une équipe de direction, elle a parfois tendance à se comporter “comme un homme”. Quand vous avez deux femmes, un conflit peut éclater entre elles. Mais lorsque vous avez trois femmes, elles font preuve de solidarité entre elles. Et quand elles sont quatre ou plus, leurs personnalités commencent à émerger. »
Directrice générale associée d’Oasys Dirigeants, Karine Lair a encadré de nombreuses dirigeantes et parfois entendu un discours paradoxal : « Certaines se disaient ravies d’être seules au ComEx ou au CoDir dans cet univers d’hommes. Ça leur donnait une particularité, elles se sentaient écoutées. »
« Certains conseils d’administration sont très fiers de dire qu’ils ont une femme ou deux avec eux, reprend Stephanie Chasserio dans le podcast de SKEMA. Mais il faut a minima 30 % de présence d’une minorité pour que les règles du groupe dominant puissent changer. Quand vous êtes en-dessous de ce taux, c’est très difficile, vous n’allez pas changer les règles à vous toute seule. »