#2 - MAI 2024
Un sujet d’aujourd’hui
En matière de féminisation, les entreprises occidentales vivent avec leur temps. La plupart d’entre elles se sont structurées récemment. En parallèle d’une succession d’événements sociétaux retentissants.
Certaines époques vont plus vite que d’autres. Il serait injuste de dire qu’il y a 10 ans, le sujet de la féminisation des entreprises et de leurs comités de direction n’occupait pas certains esprits. Dans les plus grandes compagnies, on se posait bien sûr la question. Mais était-on vraiment passé à l’action ? Parmi tous les directeurs, directrices et managers que nous avons interrogés, se dégage un constat clairement résumé par Béatrice Chavanel : « Il faut dire ce qui est, on n’est pas très en avance. »
Chez la VP Diversité & Inclusion de Renault Group, les mots sont francs : « La Diversité et l’Inclusion (D&I), chez nous, ça n’a pas dix ans. Quand j’ai pris mon poste (ndlr : en avril 2021), c’était une création de direction. Il y avait par le passé une personne attachée au sujet, mais elle était un temps à la communication, un temps à la RSE, sans beaucoup d’appui, ni beaucoup de moyens et surtout sans une vraie feuille de route globale. »
L’AIR DU TEMPS
Même son de cloche chez Pernod Ricard où son homologue Caroline Vaquette marque le début des actions D&I du groupe à 2016. « Huit ans », c’est aussi la datation retenue par Lily Lu, directrice South China des Ressources humaines (RH) d’Hilton Worldwide. Et par Joanne Kennedy, Chief of Staff de Sanofi R&D : « Si je remonte huit ans en arrière, nous nous posions la question : notre board est-il assez diversifié ? » 2016, c’est aussi l’année où Isabelle Kocher était pressentie pour devenir la première femme PDG d’un groupe du CAC 40.
Elle ne sera finalement « que » directrice générale, mais tout se passe comme si la voile des entreprises se gonflait avec l’air du temps, et comme si cet air soufflait plus fort depuis une dizaine d’années. A l’échelon français, le droit est passé par-là (voir par ailleurs) : les lois Copé-Zimmermann (2011) et Rixain (2021) ont montré la voie. Plus globalement, plusieurs tempêtes ont soufflé sur les barricades intenables : le mouvement « Me Too » (2017), et sa variante française « Balance ton porc », ont déchaîné la parole des femmes ; « Black Lives Matter », depuis 2013 et avec plus de force encore depuis 2020, a reposé la question de la diversité ; tandis que le mot « woke » est apparu dans l’Oxford English Dictionnary en 2017.
De son côté, la Covid a repensé le rapport au travail. Lily Lu assure que la réussite de son programme pour créer « un univers plus inclusif et accueillant » n’aurait pas été possible il y a cinq ans. « Depuis la Covid, tout le monde fait plus attention aux sentiments des autres, fait davantage preuve d’empathie et attention au bien-être. »
En dix ans, les sociétés occidentales ont changé de siècle. Ce n’est pas un hasard si les entreprises, leurs éléments les plus connectés, sont en train de s’y adapter. Elles doivent vivre avec leur temps et servent de baromètre à l’évolution des représentations. Béatrice Chavanel le mesure chez Renault Group : « Nous sommes dans une phase de montée en puissance. »
La Diversité et l’Inclusion (D&I), chez nous, ça n’a pas dix ans.
Béatrice Chavanel, Renault Group