#3 - OCTOBRE 2024
L’IA-organisation une entreprise en kit ?
Les entreprises sont de plus en plus dépendantes des géants de l’IA et doivent privilégier la collaboration à l’autonomie.

Par Kevin Erkeletyan
Quand vous achetez une berline allemande, les plaquettes de frein sont faites par un équipementier et les bougies par un autre. C’est aussi la route que prennent les entreprises en matière d’IA. « Il y a encore deux, trois ans, nous pouvions entraîner des modèles nous-mêmes, se souvient Pierre-Louis Bescond. Il fallait quelques heures pour faire des choses intéressantes. Aujourd’hui, n’espérez pas entraîner vous-même un GPT 3.5 ou un Lama 2 », explique, sans trop de nostalgie, le directeur de la Data de Roquette. « On entraînait des modèles très spécialisés sur le fond et sur la forme, et on avait des résultats vraiment différenciants par rapport à des solutions standards. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas », confirme Jean-Baptiste Girardin, Data Product Manager chez Malakoff Humanis.
« Les GAFAM trustent le marché, explique Pierre-Louis Bescond. Ils ont les modèles les plus performants. » Au cœur de cette accélération, l’accès aux GPU, les processeurs graphiques qui permettent aux ordinateurs de calculer rapidement. « Quand on en acquiert un ou deux, Meta en achète 350 000 d’un coup », souffle Jean-Baptiste Girardin. Résultat : les entreprises s’orientent de plus en plus vers l’achat de solutions toutes faites. Jean-Luc Leblond, Data Product Manager chez Malakoff Humanis, remarque « un jeu des acteurs ». « Les décisionnaires sont constamment démarchés par les éditeurs. »
Et même si chez Malakoff Humanis, « il y a tout de même une volonté de garder l’expertise en interne », cette co-construction se fait généralement avec les plus gros acteurs. « Nous avons un partenariat fort avec Microsoft Azure, se réjouit Pierre-Louis Bescond. Cela nous a permis de développer notre propre GPT, pour éviter que les données de l’entreprise ne soient diffusées sur ChatGPT. L’IA générative a vraiment permis aux éditeurs de se remettre au cœur du jeu, quand leurs clients s’en étaient un peu détournés. »
Doit-on parler d’une externalisation ou d’une internalisation d’éléments externes ? L’IA en entreprise se construit à partir de briques génériques que l’on personnalise. Cette standardisation se déploie à mesure que l’IA se démocratise. « La plupart de nos partenaires, comme les éditeurs de logiciels, remarque Pierre-Louis Bescond, intègrent désormais de l’IA générative. »