Au nom des paires et des filles

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Parmi toutes les façons d’embarquer les femmes, la plus inspirante semble être celle du rôle modèle. Mettre en avant les femmes dirigeantes permet à celles qui aspirent à le devenir de saisir que leurs exemples ne sont pas si « en avant » d’elles que ça.

On a tous eu un poster. La photo d’une chanteuse, d’un footballeur, d’une artiste qui nous donnait envie de faire comme elle, voire mieux que lui. Sauf que voilà, un poster, ça ne parle pas. Alors quand on grandit et qu’on rejoint une entreprise, on s’inspire plutôt des autres, et notamment de ceux qui, comme un bout de papier glacé sur un mur, nous font lever la tête. « Le rôle modèle, c’est le dirigeant », martèle Florence Dupré, Global Healthcare Officer de La Poste Groupe. Et le dirigeant qui a d’abord inspiré Delphine Henry, directrice générale adjointe d’Engie Home Services, c’est Isabelle Kocher, devenue directrice générale d’Engie en 2016. « Elle insufflait une dynamique, un nouveau vent de féminité, ça embarquait les collaborateurs », se remémore celle qui peut aujourd’hui se tourner vers Catherine MacGregor, directrice générale de l’industriel français depuis 2021.

Mais Delphine Henry a aussi eu des contre-exemples : « il y a 15 ou 20 ans quand j’étais enceinte de ma deuxième fille, j’ai eu une manager femme qui a eu la pire réaction possible. » Ce phénomène, le syndrome de la « Queen Bee », est connu de la recherche. Il traduit le comportement de certaines femmes qui se comportent plus durement avec leurs subordonnées, justement parce qu’elles sont des femmes. « Des manageuses, des femmes odieuses, notamment de la génération d’au-dessus de moi qui ont dû en baver pour en être là et qui voulaient en faire baver à leur tour la génération suivante, souffle Delphine Henry. Ça a existé, j’espère que ce n’est plus le cas. »

“LES CEO SONT INSPIRANTES, MAIS ELLES PARAISSENT TELLEMENT INTOUCHABLES QU’ON PEUT AVOIR DU MAL À SE RETROUVER EN ELLES.”

Dans la carrière d’une femme leader, arrive un jour le moment où l’on passe de l’autre côté du miroir, où à son tour l’on devient modèle. Catherine Petit a longtemps eu du mal à « s’exposer », la « coach » qui l’accompagnait a dû la pousser. « Il faut que tu racontes ton histoire, il faut que tu racontes ton histoire. » La directrice générale de MoëtHennessy au Brésil ne l’a jamais regretté : « J’ai reçu énormément d’emails et de messages de femmes dans le monde entier. Elles me disaient que mon histoire leur faisait croire qu’elles aussi, elles pouvaient y arriver. Je me suis rendu compte qu’en racontant simplement mon histoire, j’ai aidé des femmes à se dire que les barrières mentales n’étaient que des barrières mentales. »

Inspirée par sa propre histoire, Catherine Petit a exporté au Brésil le programme « Bold » de la maison Veuve Clicquot. « L’idée, c’est de faire venir des femmes qui racontent leur expérience et leur carrière, de raconter des histoires de femmes qui puissent inspirer d’autres femmes, mais sans prendre les cas exceptionnels. Les CEO sont inspirantes, mais elles paraissent tellement intouchables qu’on peut avoir du mal à se retrouver en elles. » Inspirer l’idée d’ « oser », c’est rendre le succès tangible, plus accessible. Le programme « Bold » prévoit donc des remises de prix, pour « célébrer les femmes qui ont réussi ».

Les femmes en sont capables. Ce message, Delphine Henry le fait maintenant passer dans les lycées. « On pousse les f illes à faire des carrières scientifiques, mais après le Bac, on ne les voit plus. Si elles ne font pas des écoles d’ingénieurs, on ne risque pas de les retrouver ensuite dans l’industrie. »

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