#2 - MAI 2024
La loi, les entreprises et ce qui ne dépend pas d’elles
Si la loi est décisive dans la féminisation des comités de direction des entreprises, elle se heurte aux représentations. Dans les faits, la bipolarisation sexuelle des entreprises est très forte. La suite de l’inclusion des femmes passe par l’éducation.
« Rien ne résiste à la loi », aime répéter Michel Ferrary, fondateur de l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises. Et en effet, les lois Copé-Zimmermann (2011) et Rixain (2021) ont contraint les grands groupes à engager ou accélérer la féminisation de leurs comités de direction. Ce que Michel Ferrary appelle « le plafond de verre », c’està-dire la différence entre le pourcentage de femmes présentes dans les comités exécutifs et le pourcentage de femmes cadres – principal « vivier » des postes exécutifs dans les entreprises – a « quasiment été divisé par deux » en 15 ans dans les entreprises du Cac 40. Cette différence était de plus de 21 points en 2008, elle n’est plus « que » de 11 points en 2023.
Comme le démontre Michel Ferrary, ces entreprises ont d’abord rusé pour intégrer des femmes : jusqu’à l’an dernier, elles ajoutaient des chaises autour des tables de direction ! Mais depuis cette année, l’Observatoire SKEMA révèle que les femmes ont commencé à remplacer des hommes : l’augmentation du nombre de femmes s’est traduite par une diminution relative du nombre d’hommes.
L’ORÉAL, L’EMPLOYEUR PRÉFÉRÉ DES ÉTUDIANTES

La féminisation des grandes entreprises du CAC40 : ascenseur législatif et double plafond de verre
Source : DEU 2023 des 40 entreprises du CAC40
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« Grâce aux quotas, je pense qu’il n’y aura plus de plafond de verre en 2028 », se réjouit Michel Ferrary. Mais si rien ne résiste à la loi, « la loi ne peut pas tout », complète le professeur et chercheur affilié à SKEMA. Ses analyses, qui reposent sur les données des rapports annuels publiés par les entreprises du Cac 40, montrent aussi depuis plusieurs années une bipolarisation sexuelle : les entreprises aux effectifs les plus masculins sont de plus en plus « masculines » et les entreprises aux effectifs les plus féminins sont de plus en plus « féminins ».
« Des entreprises comme Thalès, Safran, Airbus, Renault… font des choses extraordinaires pour recruter des femmes, mais elles ne veulent pas travailler pour eux. Dans les écoles de management et d’ingénieurs, L’Oréal est l’employeur préféré des étudiantes et seulement le 35ème des étudiants. L’enjeu est là, c’est l’éducation », assure le professeur.
Cécile Lefèvre confirme le constat, et la solution : « Quand j’ai dû remplacer le responsable du service des adhérents, je n’ai pas eu la moindre candidature de femmes. Zéro, insiste la directrice générale adjointe en charge des RH, de la politique RSE et de la Transformation du Groupe Pasteur Mutualité. J’ai mis un chasseur de tête sur le sujet, je lui ai dit “trouvez-moi des femmes”. » Mais en vain. « Il y a vraiment un travail profond à faire sur l’image et la représentation sociale, poursuit celle qui, chez France Télévisions, s’était impliquée dans la présentation des métiers techniques auprès des collégiens. Il y a des métiers sur lesquels les femmes ou les hommes ne vont pas. »
Cécile Lefèvre appelle à « déculpabiliser » les femmes. Karine Lair lui emboîte le pas. La directrice générale d’Oasys Dirigeants en a vu passer qui hésitaient à prendre un poste exécutif parce qu’elles s’imaginaient « trop fragiles » : « elles ont intégré le fait que les postes de dirigeants étaient peut-être trop durs pour elles. » Pourtant, « on réussit quand on est dirigeant », assure-t-elle. « Certaines femmes ont encore l’impression que ce serait mettre leur vie personnelle de côté », regrette Karine Lair. Mais « là, on touche à la limite de ce que peuvent faire les entreprises », fait remarquer Michel Ferrary.
Je n’ai pas eu la moindre candidature de femmes. Zéro.
Cécile Lefevre, Groupe Pasteur Mutualité

Féminisation de l’encadrement et des effectifs La bipolarisation sexuelle des entreprises : l’enjeu du système éducatif
Les entreprises aux effectifs les plus masculins sont de plus en plus « masculines » et les entreprises aux effectifs les plus féminins sont de plus en plus « féminins ».
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