Pour mieux décider, de deux intelligences faisons Dune

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Pour aider les professionnels à prendre de meilleures décisions, Christophe Bisson, professeur et chercheur à SKEMA Business School, a créé une plateforme qui permet, grâce à l’intelligence artificielle, de faire converger la prédiction et la prospective.

Christophe Bisson
Directeur scientifique du MSc Business Consulting & Decision Intelligence Paris, SKEMA Business School

Alors que la société, les organisations, l’humanité font face à des défis importants de façon croissante, nous avons besoin de nouveaux systèmes pour aider à obtenir une pensée holistique devant aboutir à une société soutenable. Cela nécessite la construction de systèmes décisionnels désilotés, augmentés par l’Intelligence artificielle.

Il faut ainsi prendre en compte tous les aspects qui peuvent affecter l’organisation, au-delà des aspects financiers et économiques tels que l’environnement, la société et la géopolitique. Nous nous rapprochons de plus en plus des limites planétaires et penser le futur dans ces conditions s’avère vital.

Comprendre le passé et le présent permet de se projeter dans le temps. Si prédire précisément tous les futurs reste par essence de la science-fiction à l’instar du film Dune où Lisan al Gaib voit avec précision le passé et les futurs liés, il existe deux sciences qui aident à penser les futurs : la prédiction et la prospective. La première, de plus en plus augmentée par l’IA, annonce un résultat certain via des méthodes quantitatives (par ex. sur la parité des monnaies) ; la seconde vise à explorer les possibilités pour le futur, pour aider les décideurs à se préparer aux différentes éventualités (par ex. sur le futur de la ville), et utilise le plus souvent des méthodes qualitatives, sans intervention de l’IA.

Figure 1. Utilisation d’IA pour la prédiction

Les deux sciences ont leurs avantages et leurs inconvénients. La prédiction fonctionne dans certains domaines, mais sur les aspects multidisciplinaires – comme la stratégie, qui devrait aller bien au-delà de la prise en compte de variables économiques et financières -, elle ne donne pas de bons résultats. Sur des sujets comme la géopolitique, où les actions peuvent être biaisées par des mouvements non rationnels, la psychologie de prise de décision doit être considérée, et c’est pourquoi la prospective peut s’avérer intéressante.

J’ai donc créé une plateforme qui permet de faire converger la prédiction et la prospective. A l’aide de l’IA, elle permet de voir dans quelle mesure, on peut évaluer l’impact des variables et prédire les résultats futurs, ce qui permet d’évaluer une partie des valeurs vitales à des stratégies robustes. La figure 1, par exemple, montre la projection d’une courbe de valeurs (en bleu) et dans quelle mesure deux modèles différents choisis (en rouge et vert) épousent ou non cette courbe. Certains autres calculs permettent aussi d’appréhender le poids de variables et la précision de la  prédiction.

Figure 2. Visualisation des scénarios (Boirel et Bisson, 2019, Système Stratégique de Signaux Précoces pour l’industrie Nucléaire française : une approche hybride pour une meilleure anticipation. 3e congrès sur l’Anticipation, Oslo).

Le reste des inputs étant collectés via une sélection d’experts. L’ensemble des valeurs obtenues par l’alliance de l’IA et de l’humain sont ensuite intégrées dans un autre module de la plateforme qui permet de calculer l’impact et la probabilité d’occurrence des futurs possibles. La figure 2 présente un scénario pour le marché du nucléaire.

Figure 3. Variables d’influence du scénario (Boirel et Bisson, 2019).

Figure 3. Variables d’influence du scénario (Boirel et Bisson, 2019).

La figure 3 permet de voir les variables explicatives du scénario, leurs poids. Cette plateforme permet donc la convergence entre la prospective et la prédiction (utilisation d’IA), c’est à dire entre intelligences humaine et artificielle.

Le but est d’agir plus rapidement. Grâce à cette plateforme, nous pouvons d’abord éclairer la décision à l’aide d’une IA générative : après sélection d’un modèle, celle-ci va nommer le scénario, le décrire et structurer la stratégie, en s’appuyant sur tous les constituants du scénario (voir figure 4).

Figure 4. Interprétation stratégique par IA générative

Comme le mentionnait Albert Einstein, nous ne pourrons résoudre les problèmes actuels avec les solutions du passé. Ce travail s’inscrit pleinement dans le renouvellement des systèmes stratégiques pour aider à anticiper et mieux décider. Et à co-concevoir un monde plus durable.

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