Globalisation, pleine vitesse ou temps de ralentir ?

Partager
5 min

Par Alice Guilhon

Présidente Exécutive
SKEMA Business School

En 2025, nous pouvons faire le constat que la globalisation n’a pas disparu. Elle continue mĂȘme de structurer les Ă©changes, d’animer la circulation des donnĂ©es, des capitaux et des idĂ©es. Cependant, cette derniĂšre a changĂ© de visage. En 2025, la globalisation ne ressemble plus Ă  ce phĂ©nomĂšne triomphant des annĂ©es 1990-2000. Depuis la crise de 2008, un ralentissement s’est installĂ© : les flux commerciaux stagnent, les tensions gĂ©opolitiques redessinent les cartes de fond en comble, et la fragmentation en blocs s’impose comme une rĂ©alitĂ© durable et une nouvelle donne.

Pour Laurent Ferrara, professeur d’économie internationale, nous sommes mĂȘme entrĂ©s dans une phase de « slowbalisation Â». Les grands cycles de la globalisation ont toujours Ă©tĂ© ponctuĂ©s de crises et de ruptures : celle de 2008 a marquĂ© un tournant, renforcĂ© par la pandĂ©mie, la guerre en Ukraine et le retour de politiques protectionnistes. Pour Ioannis Bournakis, professeur de macroĂ©conomie, les enjeux de productivitĂ© et de diffusion technologique restent centraux. La globalisation agit comme un canal de spillovers : elle permet la circulation des innovations, l’amĂ©lioration de la productivitĂ© et la convergence des Ă©conomies. Mais si les flux ralentissent ou se fragmentent, ces effets vertueux risquent de s’affaiblir, creusant les Ă©carts entre pays et renforçant les inĂ©galitĂ©s. Autant d’éclairages apportĂ©s, vous le verrez, dans notre rubrique l’OEil du Savoir dans ce dernier numĂ©ro de Glimpse.

La globalisation est un phĂ©nomĂšne protĂ©iforme, qui ne se rĂ©duit pas aux seuls Ă©changes Ă©conomiques mais englobe aussi les dimensions culturelles, technologiques et politiques. Certaines entreprises incarnent ces mutations. Le leader mondial des solutions de construction lĂ©gĂšres et durables Saint-Gobain, dirigĂ© en AmĂ©rique latine entre 2021 et 2025 par Javier Gimeno, a, par exemple, fait le choix d’une globalisation raisonnĂ©e, reposant sur la proximitĂ© et la dĂ©centralisation. Produire au plus prĂšs des marchĂ©s, adapter l’innovation aux rĂ©alitĂ©s locales, assumer une forte autonomie des filiales : une rĂ©ponse pragmatique aux fragilitĂ©s rĂ©vĂ©lĂ©es par la crise sanitaire et par les tensions logistiques. De son cĂŽtĂ©, Google Cloud, oĂč Anthony Cirot (SKEMA 2000) dirige la zone EMEA South, suit une logique diffĂ©rente mais complĂ©mentaire : bĂątir une infrastructure numĂ©rique globale, homogĂšne et puissante, tout en respectant les rĂ©alitĂ©s locales, qu’il s’agisse de langues, de cultures ou de rĂ©glementations.

Ces exemples montrent que la globalisation n’est pas morte, que cette derniĂšre, change de visage. Moins rapide, plus sĂ©lective, elle demande une lecture fine des tensions, des interdĂ©pendances et des opportunitĂ©s nouvelles. La comprendre exige une expertise croisĂ©e, mĂȘlant Ă©conomie, gĂ©opolitique et dynamiques d’entreprise. C’est Ă  cette analyse que ce numĂ©ro de Glimpse convie ses lecteurs : explorer une globalisation qui hĂ©site entre accĂ©lĂ©ration et ralentissement, pour mieux saisir ses lignes de force et ses zones de fragilitĂ© d’un monde en mouvement.

Partager

GLIMPSE

Recevez les prochains numéros

Suivez-nous