Olivier Grohmann

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13 min

Rejoindre l’industrie aĂ©rienne en 2019, quelques mois avant le Covid, c’était
 une mauvaise analyse de la mondialisation ?

N’est-ce pas ? (rires) Et pourtant, hier encore, j’ai reçu des messages d’anciens collĂšgues m’assurant que j’avais Ă©tĂ© trĂšs avisĂ© de quitter l’industrie automobile, il y a quelques annĂ©es. Pour les manufacturiers automobiles europĂ©ens, la route n’est pas facile. Ils ont pris de haut les vĂ©hicules Ă©lectriques, au moment oĂč Tesla et les entreprises chinoises se jetaient dessus. Ils ont Ă©tĂ© longs Ă  s’adapter et rampent maintenant derriĂšre eux

Mais 18 mois aprĂšs le dĂ©but du COVID, je me sentais vraiment bĂȘte. Nous avons traversĂ© une pĂ©riode extrĂȘmement difficile, notre flotte est restĂ©e clouĂ©e au sol et, pour la premiĂšre fois depuis la crĂ©ation d’Emirates en 1985, nous avons dĂ» licencier des gens. AprĂšs avoir passĂ© le pire moment de la pandĂ©mie, nous n’avons pas cessĂ© de croĂźtre. Tout peut changer rapidement, le monde est si volatile : regardez le contexte gĂ©opolitique dans le monde entier


Pendant la crise, vous avez su garder le cap
Pendant la crise, vous avez su garder le cap


Exactement. Nous avons pris une dĂ©cision forte : ne pas Ă©couter tous ces consultants qui nous assuraient que les gens ne voyageraient plus dĂ©sormais, et que nous devrions abandonner nos avions dans le dĂ©sert, ou bien les vendre. Nous avons fait le choix de conserver l’intĂ©gralitĂ© de notre flotte, de reprendre notre activitĂ© une destination aprĂšs l’autre, et c’est ce qui nous a permis de devenir plus fort et de nous redresser bien plus vite que beaucoup de compagnies aprĂšs la crise.

Cela est-il Ă©galement dĂ» Ă  la configuration multiculturelle particuliĂšre dont jouit Emirates Ă  DubaĂŻ (voir par ailleurs) ?

Certainement, car nous sommes plus flexibles. J’ai vĂ©cu et travaillĂ© en Allemagne, Ă  Singapour et en CorĂ©e du Sud pour des entreprises multinationales, mais c’est la premiĂšre que j’expĂ©rimente vraiment une culture globale. Partout ailleurs, les entreprises se disaient « globales Â» mais leur mode de fonctionnement reposait entiĂšrement sur leur culture d’origine. Chez Mercedes Ă  Singapour, les employĂ©s locaux se plaignaient que nos experts allemands expatriĂ©s se parlaient souvent en allemand. Mais quand deux Français ou deux Allemands se rencontrent Ă  l’étranger, ils se parlent dans leur langue maternelle. Sans mauvaises intentions.

C’est trĂšs ancrĂ© dans la culture des entreprises. Et cela rend forcĂ©ment leur fonctionnement moins fluide. Chez LG Electronics, Ă  SĂ©oul, la plupart des rĂ©unions avaient lieu en CorĂ©en, je devais donc faire appel Ă  une Ă©quipe de traducteurs et je me sentais comme un « outsider Â». Dans la plupart des pays oĂč LG Ă©tait prĂ©sent, les postes clĂ©s Ă©taient occupĂ©s par des CorĂ©ens. Pensez-vous rĂ©ellement qu’un CorĂ©en connaisse mieux le marchĂ© français qu’un Français ? TrĂšs peu d’entreprises sont vraiment globales. C’est le plafond de verre de la mondialisation.

Un plafond que brisent Dubaï et Emirates


Oui, cela se fait de façon plus naturelle grĂące Ă  la situation unique de DubaĂŻ. Dans l’équipe de direction, par exemple, je sais que mon voisin est Britannique, Allemand ou Emirati mais, dans le fond, nous ne posons pas vraiment la question. Nous parlons tous anglais.

Mais au-delĂ  la langue, c’est une question d’état d’esprit. Et cela se construit, c’est une expĂ©rience. Mes enfants ont grandi Ă  Singapour et en CorĂ©e du Sud, et ont fait leurs Ă©tudes en Australie et aux Pays-Bas. Au dĂ©part, ils Ă©taient « allemands-allemands Â», mais avec le temps ils sont devenus de vrais citoyens du monde. Ils se considĂšrent comme des « third culture kids Â», ces enfants qui ont parfois du mal Ă  se rĂ©intĂ©grer dans leur pays d’origine. Ils n’appartiennent pas non plus Ă  la culture corĂ©enne ou singapourienne. Mon fils partage son appartement avec un autre Ă©tudiant. Je lui ai demandĂ© d’oĂč il venait. Il m’a rĂ©pondu : « Je ne sais pas. Â» Ça lui est Ă©gal, il a un vĂ©ritable Ă©tat d’esprit global.

TrĂšs peu de gens sont dans cette situation. Pour attirer les meilleurs talents chez Emirates et leur insuffler cette culture, nous privilĂ©gions une approche Ă©quilibrĂ©e qui repose autant sur l’humain que sur la technologie. Nous commençons Ă  les intĂ©grer avant mĂȘme leur arrivĂ©e (voir par ailleurs : Émirates et tout en haut, vole une vision).

Olivier Grohmann

EN UN REGARD

1994

Obtient son diplĂŽme d’avocat

1999

Rejoint Daimler AG en tant que Head of International Assignments, Policy & Consulting, Vice President, Ă  Berlin.

2006

Rejoint Daimler AG en tant que Head of International Assignments, Policy & Consulting, Vice President, Ă  Berlin.

2012

DĂ©couvre Singapour en tant que Senior Vice President HR de Mercedes pour l’Asie du Sud-Est.

2015

RecrutĂ© par LG Electronics en CorĂ©e du Sud Ă  la tĂȘte des Ressources humaines de toutes les activitĂ©s internationales du groupe.

2018

Devient Directeur général des Ressources humaines de Hyundai Capital international, en Corée du Sud

2019

Intùgre Emirates au poste de Senior Vice President HR Business Partnership de sa filiale dnata, un leader mondial des services au sol pour l’aviation.

2024

Nommé Executive Vice President Human Resources du groupe Emirates, membre du Board.2025Membre du Board de SKEMA Business School

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