#5 - NOVEMBRE 2025
Olivier Grohmann
âTrĂšs peu dâentreprises sont
vraiment
globalesâ

Il a travaillĂ© en Europe et en Asie dans des entreprises implantĂ©es aux quatre coins du monde, mais ce nâest quâen arrivant Ă DubaĂŻ quâOliver Grohmann, Executive Vice President Human Resources du Groupe Emirates, a vraiment compris le sens du mot globalisation.
Olivier Grohmann
Executive vice president human resources du groupe Emirates
Rejoindre lâindustrie aĂ©rienne en 2019, quelques mois avant le Covid, câĂ©tait⊠une mauvaise analyse de la mondialisation ?
Nâest-ce pas ? (rires) Et pourtant, hier encore, jâai reçu des messages dâanciens collĂšgues mâassurant que jâavais Ă©tĂ© trĂšs avisĂ© de quitter lâindustrie automobile, il y a quelques annĂ©es. Pour les manufacturiers automobiles europĂ©ens, la route nâest pas facile. Ils ont pris de haut les vĂ©hicules Ă©lectriques, au moment oĂč Tesla et les entreprises chinoises se jetaient dessus. Ils ont Ă©tĂ© longs Ă sâadapter et rampent maintenant derriĂšre eux
Mais 18 mois aprĂšs le dĂ©but du COVID, je me sentais vraiment bĂȘte. Nous avons traversĂ© une pĂ©riode extrĂȘmement difficile, notre flotte est restĂ©e clouĂ©e au sol et, pour la premiĂšre fois depuis la crĂ©ation dâEmirates en 1985, nous avons dĂ» licencier des gens. AprĂšs avoir passĂ© le pire moment de la pandĂ©mie, nous nâavons pas cessĂ© de croĂźtre. Tout peut changer rapidement, le monde est si volatile : regardez le contexte gĂ©opolitique dans le monde entierâŠ
Pendant la crise, vous avez su garder le capâŠPendant la crise, vous avez su garder le capâŠ
Exactement. Nous avons pris une dĂ©cision forte : ne pas Ă©couter tous ces consultants qui nous assuraient que les gens ne voyageraient plus dĂ©sormais, et que nous devrions abandonner nos avions dans le dĂ©sert, ou bien les vendre. Nous avons fait le choix de conserver lâintĂ©gralitĂ© de notre flotte, de reprendre notre activitĂ© une destination aprĂšs lâautre, et câest ce qui nous a permis de devenir plus fort et de nous redresser bien plus vite que beaucoup de compagnies aprĂšs la crise.
Cela est-il également dû à la configuration multiculturelle particuliÚre dont jouit Emirates à Dubaï (voir par ailleurs) ?
Certainement, car nous sommes plus flexibles. Jâai vĂ©cu et travaillĂ© en Allemagne, Ă Singapour et en CorĂ©e du Sud pour des entreprises multinationales, mais câest la premiĂšre que jâexpĂ©rimente vraiment une culture globale. Partout ailleurs, les entreprises se disaient « globales » mais leur mode de fonctionnement reposait entiĂšrement sur leur culture dâorigine. Chez Mercedes Ă Singapour, les employĂ©s locaux se plaignaient que nos experts allemands expatriĂ©s se parlaient souvent en allemand. Mais quand deux Français ou deux Allemands se rencontrent Ă lâĂ©tranger, ils se parlent dans leur langue maternelle. Sans mauvaises intentions.
Câest trĂšs ancrĂ© dans la culture des entreprises. Et cela rend forcĂ©ment leur fonctionnement moins fluide. Chez LG Electronics, Ă SĂ©oul, la plupart des rĂ©unions avaient lieu en CorĂ©en, je devais donc faire appel Ă une Ă©quipe de traducteurs et je me sentais comme un « outsider ». Dans la plupart des pays oĂč LG Ă©tait prĂ©sent, les postes clĂ©s Ă©taient occupĂ©s par des CorĂ©ens. Pensez-vous rĂ©ellement quâun CorĂ©en connaisse mieux le marchĂ© français quâun Français ? TrĂšs peu dâentreprises sont vraiment globales. Câest le plafond de verre de la mondialisation.
Un plafond que brisent DubaĂŻ et EmiratesâŠ
Oui, cela se fait de façon plus naturelle grĂące Ă la situation unique de DubaĂŻ. Dans lâĂ©quipe de direction, par exemple, je sais que mon voisin est Britannique, Allemand ou Emirati mais, dans le fond, nous ne posons pas vraiment la question. Nous parlons tous anglais.
Mais au-delĂ la langue, câest une question dâĂ©tat dâesprit. Et cela se construit, câest une expĂ©rience. Mes enfants ont grandi Ă Singapour et en CorĂ©e du Sud, et ont fait leurs Ă©tudes en Australie et aux Pays-Bas. Au dĂ©part, ils Ă©taient « allemands-allemands », mais avec le temps ils sont devenus de vrais citoyens du monde. Ils se considĂšrent comme des « third culture kids », ces enfants qui ont parfois du mal Ă se rĂ©intĂ©grer dans leur pays dâorigine. Ils nâappartiennent pas non plus Ă la culture corĂ©enne ou singapourienne. Mon fils partage son appartement avec un autre Ă©tudiant. Je lui ai demandĂ© dâoĂč il venait. Il mâa rĂ©pondu : « Je ne sais pas. » Ăa lui est Ă©gal, il a un vĂ©ritable Ă©tat dâesprit global.
TrĂšs peu de gens sont dans cette situation. Pour attirer les meilleurs talents chez Emirates et leur insuffler cette culture, nous privilĂ©gions une approche Ă©quilibrĂ©e qui repose autant sur lâhumain que sur la technologie. Nous commençons Ă les intĂ©grer avant mĂȘme leur arrivĂ©e (voir par ailleurs : Ămirates et tout en haut, vole une vision).
Olivier Grohmann
EN UN REGARD
1994
Obtient son diplĂŽme d’avocat
1999
Rejoint Daimler AG en tant que Head of International Assignments, Policy & Consulting, Vice President, Ă Berlin.
2006
Rejoint Daimler AG en tant que Head of International Assignments, Policy & Consulting, Vice President, Ă Berlin.
2012
DĂ©couvre Singapour en tant que Senior Vice President HR de Mercedes pour lâAsie du Sud-Est.
2015
RecrutĂ© par LG Electronics en CorĂ©e du Sud Ă la tĂȘte des Ressources humaines de toutes les activitĂ©s internationales du groupe.
2018
Devient Directeur général des Ressources humaines de Hyundai Capital international, en Corée du Sud
2019
IntĂšgre Emirates au poste de Senior Vice President HR Business Partnership de sa filiale dnata, un leader mondial des services au sol pour lâaviation.
2024
Nommé Executive Vice President Human Resources du groupe Emirates, membre du Board.2025Membre du Board de SKEMA Business School