La transformation, l’ultime changement

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7 min

Par Pascale Viala

Vice-Doyenne et Directrice du Corporate Office
SKEMA Business School

Et Fabien Seraidarian

Directeur de la Valorisation et du Global Executive MBA
SKEMA Business School

Les mĂ©dias se font l’écho des mouvements stratĂ©giques des entreprises : qu’ils rĂ©sultent de mutations de l’environnement, des enjeux technologiques, du contexte gĂ©opolitique ou de choix dĂ©libĂ©rĂ©s et savamment orchestrĂ©s, ils engendrent des projets d’envergure. S’agit-il de changement ou de transformation ? De l’un Ă  l’autre, il n’y a qu’un pas
 mĂ©thodologique.

Depuis 50 ans, les entreprises se sont d’abord confrontĂ©es Ă  des changements exceptionnels constituant des ruptures dans la vie de l’organisation : croissance externe, nouveaux systĂšmes d’information, innovations
 Avec l’accĂ©lĂ©ration de la vie des affaires s’ajoute la nĂ©cessitĂ© d’une adaptation permanente de l’organisation, i.e. un changement incrĂ©mental pour rĂ©pondre « au fil de l’eau Â» aux attentes des clients et des parties prenantes. Au-delĂ  de changements spĂ©cifiques, les entreprises doivent apprĂ©hender une perspective plus macroscopique et stratĂ©gique : il s’agit de piloter la transformation, c’est-Ă -dire de faire Ă©voluer les structures, les compĂ©tences, les modĂšles d’affaires ou encore la culture mĂȘme de l’organisation.

Qu’en dit la pensĂ©e managĂ©riale ? L’approche est d’abord sociologique et psychologique : Lewin (1951) insiste sur le rĂŽle de l’individu insĂ©rĂ© dans des groupes sociaux pour comprendre la dynamique de changement. Il articule trois Ă©tapes que sont le « dĂ©gel Â» pour comprendre les problĂ©matiques associĂ©s aux symptĂŽmes, la mise en mouvement pour apporter des rĂ©ponses et le « regel Â» pour recrĂ©er de nouvelles pratiques. L’individu dĂ©veloppe des phĂ©nomĂšnes de rĂ©sistance au changement qui s’expliquent par l’abandon des routines, la peur de l’inconnu et l’effort d’apprentissage.

Le changement est ensuite devenu un objet gestionnaire, notamment pour porter l’informatisation et l’intĂ©gration des nouvelles technologies. La roue du changement de Kanter a, par exemple, inspirĂ© de nombreuses approches de conduite du changement utilisĂ©es par des cabinets de conseil.

Mais au milieu des annĂ©es 1990, nombre de projets menĂ©s par les entreprises peinent Ă  atteindre leurs objectifs. Kotter (1996) mĂšne alors une Ă©tude auprĂšs d’une centaine d’entreprises et conclut que prĂšs de 70 % des projets de changement sont des Ă©checs. Au-delĂ  des enjeux mĂ©thodologiques, c’est, pour lui, la mobilisation et l’engagement des managers qui sont dĂ©terminants : il faut former les managers Ă  jouer le rĂŽle d’agent du changement tout au long des huit Ă©tapes du son modĂšle pour faire des managers des relais de la dĂ©marche.

Face aux rĂ©sultats nuancĂ©s des dĂ©marches instrumentales, l’émergence d’une sociologie collaborative conduit Ă  internaliser l’effort d’ingĂ©nierie au sein des entreprises et s’affranchir d’une dĂ©marche – trop – normative pour co-construire le changement, et qui plus est les transformations, avec les parties prenantes. La conduite du changement et sa mise en Ɠuvre gagnent en agilitĂ© et les expĂ©rimentations dĂ©veloppent des boucles d’apprentissage. Et la transformation permet de mettre en mouvement les organisations pour crĂ©er des capacitĂ©s d’adaptation, faciliter l’engagement des collaborateurs et dĂ©velopper des savoir-faire voire une doctrine « corporate Â».

Dans ce numĂ©ro de Glimpse, plusieurs cas le dĂ©montrent : les entreprises ont fortement gagnĂ© en maturitĂ©. Qu’il s’agisse de conceptualiser les enjeux de transformation, de bĂątir leur propre modĂšle ou de dĂ©finir leur dĂ©marche pour en faire une doctrine et apprĂ©hender avec responsabilitĂ© la complexitĂ© des projets, les dĂ©cideurs sont prĂȘts Ă  relever tous les dĂ©fis !

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