#4 - AVRIL 2025
La transformation, l’ultime changement

Par Pascale Viala
Vice-Doyenne et Directrice du Corporate Office
SKEMA Business School

Et Fabien Seraidarian
Directeur de la Valorisation et du Global Executive MBA
SKEMA Business School
Les mĂ©dias se font lâĂ©cho des mouvements stratĂ©giques des entreprises : quâils rĂ©sultent de mutations de lâenvironnement, des enjeux technologiques, du contexte gĂ©opolitique ou de choix dĂ©libĂ©rĂ©s et savamment orchestrĂ©s, ils engendrent des projets dâenvergure. Sâagit-il de changement ou de transformation ? De lâun Ă lâautre, il nây a quâun pas⊠mĂ©thodologique.
Depuis 50 ans, les entreprises se sont dâabord confrontĂ©es Ă des changements exceptionnels constituant des ruptures dans la vie de lâorganisation : croissance externe, nouveaux systĂšmes dâinformation, innovations⊠Avec lâaccĂ©lĂ©ration de la vie des affaires sâajoute la nĂ©cessitĂ© dâune adaptation permanente de lâorganisation, i.e. un changement incrĂ©mental pour rĂ©pondre « au fil de lâeau » aux attentes des clients et des parties prenantes. Au-delĂ de changements spĂ©cifiques, les entreprises doivent apprĂ©hender une perspective plus macroscopique et stratĂ©gique : il sâagit de piloter la transformation, câest-Ă -dire de faire Ă©voluer les structures, les compĂ©tences, les modĂšles dâaffaires ou encore la culture mĂȘme de lâorganisation.
Quâen dit la pensĂ©e managĂ©riale ? Lâapproche est dâabord sociologique et psychologique : Lewin (1951) insiste sur le rĂŽle de lâindividu insĂ©rĂ© dans des groupes sociaux pour comprendre la dynamique de changement. Il articule trois Ă©tapes que sont le « dĂ©gel » pour comprendre les problĂ©matiques associĂ©s aux symptĂŽmes, la mise en mouvement pour apporter des rĂ©ponses et le « regel » pour recrĂ©er de nouvelles pratiques. Lâindividu dĂ©veloppe des phĂ©nomĂšnes de rĂ©sistance au changement qui sâexpliquent par lâabandon des routines, la peur de lâinconnu et lâeffort dâapprentissage.
Le changement est ensuite devenu un objet gestionnaire, notamment pour porter lâinformatisation et lâintĂ©gration des nouvelles technologies. La roue du changement de Kanter a, par exemple, inspirĂ© de nombreuses approches de conduite du changement utilisĂ©es par des cabinets de conseil.
Mais au milieu des annĂ©es 1990, nombre de projets menĂ©s par les entreprises peinent Ă atteindre leurs objectifs. Kotter (1996) mĂšne alors une Ă©tude auprĂšs dâune centaine dâentreprises et conclut que prĂšs de 70 % des projets de changement sont des Ă©checs. Au-delĂ des enjeux mĂ©thodologiques, câest, pour lui, la mobilisation et lâengagement des managers qui sont dĂ©terminants : il faut former les managers Ă jouer le rĂŽle dâagent du changement tout au long des huit Ă©tapes du son modĂšle pour faire des managers des relais de la dĂ©marche.
Face aux rĂ©sultats nuancĂ©s des dĂ©marches instrumentales, lâĂ©mergence dâune sociologie collaborative conduit Ă internaliser lâeffort dâingĂ©nierie au sein des entreprises et sâaffranchir dâune dĂ©marche â trop â normative pour co-construire le changement, et qui plus est les transformations, avec les parties prenantes. La conduite du changement et sa mise en Ćuvre gagnent en agilitĂ© et les expĂ©rimentations dĂ©veloppent des boucles dâapprentissage. Et la transformation permet de mettre en mouvement les organisations pour crĂ©er des capacitĂ©s dâadaptation, faciliter lâengagement des collaborateurs et dĂ©velopper des savoir-faire voire une doctrine « corporate ».
Dans ce numĂ©ro de Glimpse, plusieurs cas le dĂ©montrent : les entreprises ont fortement gagnĂ© en maturitĂ©. Quâil sâagisse de conceptualiser les enjeux de transformation, de bĂątir leur propre modĂšle ou de dĂ©finir leur dĂ©marche pour en faire une doctrine et apprĂ©hender avec responsabilitĂ© la complexitĂ© des projets, les dĂ©cideurs sont prĂȘts Ă relever tous les dĂ©fis !