Kais Ben Hamida

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9 min

Propos recueillis
par Antoine Boitez

Vous avez travaillĂ© dans plusieurs pays et dirigĂ© des transformations majeures. Quelle est votre vision de la transformation aujourd’hui ?

La transformation est dĂ©sormais au cƓur de la stratĂ©gie des entreprises. Dans un secteur comme les tĂ©lĂ©communications, oĂč j’ai passĂ© la majeure partie de ma carriĂšre, l’évolution rapide des cycles technologiques impose une adaptation continue. Mais limiter la transformation Ă  un enjeu technologique serait une erreur. Elle touche Ă©galement les attentes des clients, les modĂšles Ă©conomiques et la structure mĂȘme des organisations. La transformation, telle que je la conçois, est un processus Ă  la fois stratĂ©gique, organisationnel et profondĂ©ment humain. Elle exige une vision claire, une mise en Ɠuvre rigoureuse et une attention constante Ă  l’impact sur les Ă©quipes.

Justement, comment conjuguer stratĂ©gie et humain dans ces projets de transformation ?

Le succĂšs repose dans une combinaison Ă©quilibrĂ©e entre une approche « top-down Â» et « bottom-up Â». Le « top-down Â» consiste Ă  dĂ©finir une vision stratĂ©gique claire, portĂ©e par le conseil d’administration et la direction gĂ©nĂ©rale et Ă  lĂ©gitimer les initiatives qui en dĂ©coulent. En parallĂšle une approche « bottomup Â» est essentielle pour impliquer les Ă©quipes opĂ©rationnelles, rĂ©duire la rĂ©sistance au changement, garantir l’adĂ©quation avec les rĂ©alitĂ©s terrain et ajuster la mise en Ɠuvre en continu. Cependant, le facteur humain reste le plus complexe. La peur de l’inconnu, le poids des habitudes ou encore les prĂ©occupations face Ă  des technologies comme l’intelligence artificielle (IA) peuvent gĂ©nĂ©rer des rĂ©sistances. Identifier ces rĂ©sistances, les comprendre et y rĂ©pondre par l’accompagnement et la formation est une Ă©tape cruciale pour transformer ces craintes en opportunitĂ©s.

Quel rĂŽle joue la technologie dans la transformation ?

La technologie est souvent le dĂ©clencheur, mais elle n’est gĂ©nĂ©ralement pas suffisante. Prenez l’exemple de l’IA : elle a le potentiel de transformer des secteurs entiers, mais son adoption nĂ©cessite une rĂ©vision en profondeur des processus, une adaptation des compĂ©tences et une culture organisationnelle ouverte Ă  l’innovation. En somme, La technologie est un levier. La vraie transformation rĂ©side dans la capacitĂ© d’une organisation Ă  mobiliser ses talents et Ă  aligner sa stratĂ©gie sur ces nouvelles opportunitĂ©s

Avez-vous un exemple de transformation rĂ©ussie grĂące Ă  l’apparition de nouvelles technologies ?

Un exemple concret est celui de la carte SIM virtuelle. Elle permet aujourd’hui aux clients de tĂ©lĂ©charger une carte SIM depuis chez eux, de s’authentifier Ă  l’aide de leur piĂšce d’identitĂ©, et de gĂ©rer leur forfait via une application, sans se rendre en magasin. Ce modĂšle est une rĂ©ussite Ă  plusieurs niveaux. Il rĂ©pond parfaitement aux attentes des clients en termes de simplicitĂ© et de rapiditĂ© tout en gĂ©nĂ©rant des gains financiers significatifs pour l’opĂ©rateur. Il permet ainsi d’éliminer les coĂ»ts liĂ©s aux magasins physiques comme la gestion des locaux ou les commissions des vendeurs. Il illustre ainsi un parfait alignement entre expĂ©rience client et optimisation des ressources.

Vous avez travaillĂ© dans des contextes culturels trĂšs variĂ©s. En quoi cela influe-t-il sur la transformation ?

L’aspect culturel est un facteur dĂ©terminent. Aux Émirats arabes unis, oĂč plus de 200 nationalitĂ©s cohabitent, il existe une rĂ©elle ouverture au changement, mais Ă©galement une diversitĂ© d’attentes et de sensibilitĂ©s.

En revanche, dans des contextes comme la France, oĂč les structures et les pratiques sont parfois plus enracinĂ©es, la transformation peut se heurter Ă  des cadres rĂ©glementaires ou organisationnels plus rigides. Chaque contexte appelle donc une approche adaptĂ©e. Cela suppose une Ă©valuation fine des dĂ©fis culturels et organisationnels en amont pour bĂątir une stratĂ©gie sur-mesure.

Quels conseils donneriez-vous pour rĂ©ussir une transformation ?

Tout d’abord, il faut dĂ©finir des objectifs clairs et alignĂ©s sur la vision stratĂ©gique de l’entreprise. Ensuite, il est essentiel de communiquer de maniĂšre continue et transparente avec les Ă©quipes. Structurer le projet avec des indicateurs de performance mesurables et mobiliser les bonnes ressources dĂšs le dĂ©part sont Ă©galement des facteurs clĂ©s. ReconnaĂźtre les efforts et cĂ©lĂ©brer les succĂšs mĂȘme intermĂ©diaires est un puissant levier de motivation. Enfin la formation est indispensable. PrĂ©parer les collaborateurs aux nouveaux outils et mĂ©tiers est un investissement qui garantit une adoption durable des changements.

Quel regard portez-vous sur l’avenir de la transformation ?

La transformation n’est plus une exception. Elle est devenue un processus continu. Les entreprises doivent Ă©voluer dans un environnement incertain marquĂ© par des changements constants dans les attentes des clients, les technologies et les cadres rĂ©glementaires. L’avenir appartient aux organisations capables de cultiver une vĂ©ritable agilitĂ© en remettant rĂ©guliĂšrement en question leurs modĂšles et en impliquant toutes les parties prenantes. Mais une chose reste immuable : l’importance du facteur humain. Les technologies et stratĂ©gies Ă©voluent, mais c’est l’engagement et l’adhĂ©sion des Ă©quipes qui dĂ©terminent la rĂ©ussite de toute transformation durable.

« L’avenir appartient aux organisations capables de remettre rĂ©guliĂšrement en question leurs modĂšles Â»

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