#4 - AVRIL 2025
Kais Ben Hamida
âCHAQUE CONTEXTE APPELLE UNE APPROCHE
SUR-MESUREâ

Depuis les Ămirats arabes unis, oĂč il est Chief Financial Officer chez DU, le deuxiĂšme opĂ©rateur tĂ©lĂ©com du pays, Kais Ben Hamida nous partage sa vision internationale et pragmatique de la transformation.

Propos recueillis
par Antoine Boitez
Vous avez travaillĂ© dans plusieurs pays et dirigĂ© des transformations majeures. Quelle est votre vision de la transformation aujourdâhui ?
La transformation est dĂ©sormais au cĆur de la stratĂ©gie des entreprises. Dans un secteur comme les tĂ©lĂ©communications, oĂč jâai passĂ© la majeure partie de ma carriĂšre, lâĂ©volution rapide des cycles technologiques impose une adaptation continue. Mais limiter la transformation Ă un enjeu technologique serait une erreur. Elle touche Ă©galement les attentes des clients, les modĂšles Ă©conomiques et la structure mĂȘme des organisations. La transformation, telle que je la conçois, est un processus Ă la fois stratĂ©gique, organisationnel et profondĂ©ment humain. Elle exige une vision claire, une mise en Ćuvre rigoureuse et une attention constante Ă lâimpact sur les Ă©quipes.
Justement, comment conjuguer stratégie et humain dans ces projets de transformation ?
Le succĂšs repose dans une combinaison Ă©quilibrĂ©e entre une approche « top-down » et « bottom-up ». Le « top-down » consiste Ă dĂ©finir une vision stratĂ©gique claire, portĂ©e par le conseil dâadministration et la direction gĂ©nĂ©rale et Ă lĂ©gitimer les initiatives qui en dĂ©coulent. En parallĂšle une approche « bottomup » est essentielle pour impliquer les Ă©quipes opĂ©rationnelles, rĂ©duire la rĂ©sistance au changement, garantir lâadĂ©quation avec les rĂ©alitĂ©s terrain et ajuster la mise en Ćuvre en continu. Cependant, le facteur humain reste le plus complexe. La peur de lâinconnu, le poids des habitudes ou encore les prĂ©occupations face Ă des technologies comme lâintelligence artificielle (IA) peuvent gĂ©nĂ©rer des rĂ©sistances. Identifier ces rĂ©sistances, les comprendre et y rĂ©pondre par lâaccompagnement et la formation est une Ă©tape cruciale pour transformer ces craintes en opportunitĂ©s.
Quel rĂŽle joue la technologie dans la transformation ?
La technologie est souvent le dĂ©clencheur, mais elle nâest gĂ©nĂ©ralement pas suffisante. Prenez lâexemple de lâIA : elle a le potentiel de transformer des secteurs entiers, mais son adoption nĂ©cessite une rĂ©vision en profondeur des processus, une adaptation des compĂ©tences et une culture organisationnelle ouverte Ă lâinnovation. En somme, La technologie est un levier. La vraie transformation rĂ©side dans la capacitĂ© dâune organisation Ă mobiliser ses talents et Ă aligner sa stratĂ©gie sur ces nouvelles opportunitĂ©s
Avez-vous un exemple de transformation rĂ©ussie grĂące Ă lâapparition de nouvelles technologies ?
Un exemple concret est celui de la carte SIM virtuelle. Elle permet aujourdâhui aux clients de tĂ©lĂ©charger une carte SIM depuis chez eux, de sâauthentifier Ă lâaide de leur piĂšce dâidentitĂ©, et de gĂ©rer leur forfait via une application, sans se rendre en magasin. Ce modĂšle est une rĂ©ussite Ă plusieurs niveaux. Il rĂ©pond parfaitement aux attentes des clients en termes de simplicitĂ© et de rapiditĂ© tout en gĂ©nĂ©rant des gains financiers significatifs pour lâopĂ©rateur. Il permet ainsi dâĂ©liminer les coĂ»ts liĂ©s aux magasins physiques comme la gestion des locaux ou les commissions des vendeurs. Il illustre ainsi un parfait alignement entre expĂ©rience client et optimisation des ressources.
Vous avez travaillé dans des contextes culturels trÚs variés. En quoi cela influe-t-il sur la transformation ?
Lâaspect culturel est un facteur dĂ©terminent. Aux Ămirats arabes unis, oĂč plus de 200 nationalitĂ©s cohabitent, il existe une rĂ©elle ouverture au changement, mais Ă©galement une diversitĂ© dâattentes et de sensibilitĂ©s.
En revanche, dans des contextes comme la France, oĂč les structures et les pratiques sont parfois plus enracinĂ©es, la transformation peut se heurter Ă des cadres rĂ©glementaires ou organisationnels plus rigides. Chaque contexte appelle donc une approche adaptĂ©e. Cela suppose une Ă©valuation fine des dĂ©fis culturels et organisationnels en amont pour bĂątir une stratĂ©gie sur-mesure.
Quels conseils donneriez-vous pour réussir une transformation ?
Tout dâabord, il faut dĂ©finir des objectifs clairs et alignĂ©s sur la vision stratĂ©gique de lâentreprise. Ensuite, il est essentiel de communiquer de maniĂšre continue et transparente avec les Ă©quipes. Structurer le projet avec des indicateurs de performance mesurables et mobiliser les bonnes ressources dĂšs le dĂ©part sont Ă©galement des facteurs clĂ©s. ReconnaĂźtre les efforts et cĂ©lĂ©brer les succĂšs mĂȘme intermĂ©diaires est un puissant levier de motivation. Enfin la formation est indispensable. PrĂ©parer les collaborateurs aux nouveaux outils et mĂ©tiers est un investissement qui garantit une adoption durable des changements.
Quel regard portez-vous sur lâavenir de la transformation ?
La transformation nâest plus une exception. Elle est devenue un processus continu. Les entreprises doivent Ă©voluer dans un environnement incertain marquĂ© par des changements constants dans les attentes des clients, les technologies et les cadres rĂ©glementaires. Lâavenir appartient aux organisations capables de cultiver une vĂ©ritable agilitĂ© en remettant rĂ©guliĂšrement en question leurs modĂšles et en impliquant toutes les parties prenantes. Mais une chose reste immuable : lâimportance du facteur humain. Les technologies et stratĂ©gies Ă©voluent, mais câest lâengagement et lâadhĂ©sion des Ă©quipes qui dĂ©terminent la rĂ©ussite de toute transformation durable.
« Lâavenir appartient aux organisations capables de remettre rĂ©guliĂšrement en question leurs modĂšles »