#5 - NOVEMBRE 2025
Anthony Cirot (SKEMA 2000)
« Globaliser l’innovation c’est d’abord la rendre
accessible »
Anthony Cirot dirige la zone EMEA South chez Google Cloud, un territoire immense qui sâĂ©tend de la Belgique au Moyen-Orient. Ă lâheure oĂč les donnĂ©es, la souverainetĂ© et les cybermenaces se jouent Ă lâĂ©chelle planĂ©taire, il revient sur les fondements dâune mondialisation numĂ©rique responsable, qui conjugue puissance, accessibilitĂ© et adaptation locale.

Propos recueillis
par Antoine Boitez
Anthony Cirot, comment Google Cloud sâimpose-t-il aujourdâhui dans le paysage technologique mondial ?
Nous sommes devenus un acteur majeur. Lâan dernier, Google Cloud a gĂ©nĂ©rĂ© 43 milliards de dollars de chiffre dâaffaires, soit un peu plus de 12 % du chiffre dâaffaires total dâAlphabet. Câest aujourdâhui le deuxiĂšme contributeur du groupe, derriĂšre la publicitĂ©. Ce qui nous distingue, câest notre capacitĂ© Ă offrir une expĂ©rience homogĂšne, partout dans le monde. Lorsquâun collaborateur utilise une application, il ne doit pas ressentir de latence, quâil soit Ă Paris ou Ă New York. Pour cela, nous avons notre propre infrastructure.
Comment vous positionnez-vous face aux autres grands acteurs du cloud ?
Si dâautres acteurs nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s sur ce marchĂ©, notre croissance est aujourdâhui particuliĂšrement forte, avec un rythme annuel de plus de 30% depuis le dĂ©but de lâannĂ©e. Nous ne cherchons par ailleurs pas Ă faire comme les autres. Deux de nos forces, ce sont la gestion de la donnĂ©e et lâIA. Google a une expĂ©rience unique pour traiter des volumes massifs dâinformations, y appliquer des modĂšles dâintelligence artificielle, et rendre tout cela intelligible pour lâutilisateur.
ConcrĂštement, comment cela se traduit-il dans les entreprises ?
Nous avons des clients qui transforment entiĂšrement leur façon de travailler. Par exemple, certains acteurs de la distribution ont intĂ©grĂ© lâIA pour automatiser la crĂ©ation de campagnes marketing. Ils ont analysĂ© dix ans de campagnes passĂ©es pour en extraire les plus efficaces, et peuvent dĂ©sormais crĂ©er de nouveaux messages en quelques jours au lieu de plusieurs mois. On passe dâune logique artisanale Ă une production augmentĂ©e, avec plus dâimpact.
En matiÚre de cybersécurité, quelles sont vos priorités ?
La sĂ©curitĂ© est clairement une prioritĂ©, un devoir et un engagement, pour nous bien sĂ»r mais avant tout pour nos utilisateurs et clients. Aujourdâhui, les attaques ne sont plus locales, elles sont clairement globales, avec certains pays trĂšs actifs en la matiĂšre, et elles sont de plus en plus sophistiquĂ©es. Les cyberattaquants peuvent par exemple procĂ©der par rebonds en exploitant des failles invisibles et en restant parfois cachĂ©s plusieurs semaines avant de passer Ă lâaction. Nos outils cloud et notamment ceux utilisant lâintelligence artificielle, permettent de repĂ©rer ces anomalies dans ce quâon appelle le brouillard des logs : une masse de donnĂ©es techniques, que nos systĂšmes analysent pour identifier des comportements suspects et prĂ©venir les intrusions.
Quel est lâimpact de votre prĂ©sence en rĂ©gion EMEA Sud ?
Câest une zone de croissance stratĂ©gique. Nous y avons ouvert 10 rĂ©gions cloud⊠Un quart de lâinfrastructure cloud de Google est dans ma rĂ©gion. Câest Ă©norme. Notre implantation au Moyen-Orient, par exemple, rĂ©pond Ă des besoins clairs : les Ătats de la rĂ©gion veulent se prĂ©parer Ă lâaprĂšspĂ©trole, ce sont des Ă©tats jeunes, et ils sâengagent dans de vastes projets de numĂ©risation, avec des groupes qui avancent trĂšs rapidement sur leurs projets liĂ©s Ă la recherche Ă©nergĂ©tique ou Ă la logistique.
« Think global, act local.
Nous déployons une
infrastructure globale,
mais nous lâadaptons aux rĂ©alitĂ©s locales. »
La mondialisation est-elle une simple duplication des modĂšles ?
Non, la mondialisation nâest pas lâuniformisation. Notre philosophie est : « Think global, act local ». Nous dĂ©ployons une infrastructure globale, mais nous lâadaptons aux rĂ©alitĂ©s locales. En France, par exemple, le moteur de recherche Google sâest parĂ© dâun habillage spĂ©cial pour le 14 juillet ; nous avons intĂ©grĂ© la traduction vocale instantanĂ©e en français dans les outils de visio pour nos abonnĂ©s Ă Google AI Pro. Autre exemple particuliĂšrement stratĂ©gique : nous avons adaptĂ© notre offre Ă la stratĂ©gie cloud de lâEtat, avec une rĂ©gion dĂ©diĂ©e, des solutions techniques pour des contrĂŽles de donnĂ©es renforcĂ©s et localisĂ©s, et la crĂ©ation de S3NS, issue du partenariat avec Thales sur le cloud de confiance.
Et du cÎté de Google Workspace ?
Beaucoup dâentreprises françaises utilisent Google Workspace depuis longtemps :
Decathlon, Carrefour, Veolia⊠Si un groupe comme Airbus lâa adoptĂ©e, câest que nos solutions trouvent leur place au local et au global, et dans les secteurs industriels trĂšs rĂ©glementĂ©s.
Comment rester fidĂšle Ă lâADN de Google dans un contexte dâhypercroissance ?
Notre mission nâa pas changĂ© : organiser lâinformation Ă lâĂ©chelle mondiale et la rendre accessible Ă tous. Aujourdâhui, cela veut dire proposer une « mondialisation en services » : fournir aux entreprises de toutes tailles, dans tous les pays, une infrastructure, des offres logicielles et dâintelligence artificielle de trĂšs haut niveau, sĂ»res, rapides, modulables, et adaptĂ©es Ă leur rĂ©glementation locale.
Anthony Cirot
EN UN REGARD
2000
Débuts chez IBM en tant que Software Account Manager
2006 – 2009
SW Sales Manager pour lâĂle-de-France (IBM)
2016 – 2018
Vice-President Cloud chez IBM France
2018 – 2021
France Country Manager & Vice-President chez VMware
2021
Nommé Managing Director France, Google Cloud
2023
Devient Vice-President EMEA South, Google Cloud, en charge de 11 pays
