Fabienne Arata (SKEMA 1988)

Partager
15 min

Sonder le rĂ©seau professionnel qui regroupe 1,2 milliard d’actifs Ă  travers 237 pays du monde est une façon de se rendre compte du degrĂ© d’intĂ©gration des entreprises et des particuliers Ă  la globalisation. Et Fabienne Arata (SKEMA 1988), Country Manager de LinkedIn France, n’observe aucun ralentissement.

Peut-on dire de LinkedIn qu’il est un moteur de la globalisation ?

Oui, dans le sens oĂč notre ambition originelle est d’offrir des opportunitĂ©s Ă©conomiques Ă  chaque membre de la population active mondiale, et aux entreprises. Notre mĂ©tier, c’est de connecter les professionnels entre eux, de favoriser leur mobilitĂ©.

De ce point de vue, observe-t-on un ralentissement de la globalisation ?

Non, il y a une tendance gĂ©nĂ©rale Ă  la mobilitĂ©, qu’elle soit nationale ou internationale, sectorielle ou intersectorielle, interne ou externe aux entreprises. La mobilitĂ© interne est devenue un enjeu majeur pour les entreprises : les taux de rĂ©tention sont nettement plus forts lorsque les talents ont le sentiment de pouvoir bĂ©nĂ©ficier d’opportunitĂ©s de mobilitĂ© internes, la diffĂ©rence est de l’ordre de 15 Ă  20 points. L’intelligence artificielle (IA) et la data ont rendu possible des programmes que les ressources humaines souhaitaient mettre en place depuis des annĂ©es. C’est ce qui explique que la mobilitĂ© soit aujourd’hui essentiellement interne aux entreprises : la volontĂ© des employĂ©s de changer d’emploi ou d’entreprise en France a baissĂ© de 8 points entre aujourd’hui (45%) et l’an dernier.

Les entreprises se battent donc pour garder leurs talents : est-ce parce qu’il est plus difficile d’en recruter ?

Plus de 80% des recruteurs estiment qu’il est plus compliquĂ© de trouver des candidats dits « qualifiĂ©s Â» que l’an dernier, alors mĂȘme que le marchĂ© se contracte puisque le taux de candidats par offre a augmentĂ©.
Pour se distinguer, les entreprises dĂ©veloppent de plus en plus une marque employeur incarnĂ©e et mettent l’accent sur la qualitĂ© de la relation humaine qu’elles entretiennent avec les candidats, tout au long du processus de recrutement.

D’autant plus qu’elles « chassent Â» les mĂȘmes compĂ©tences clĂ©s, aujourd’hui


Oui, la premiĂšre des compĂ©tences Ă©mergentes qui favorise la mobilitĂ©, c’est bien sĂ»r l’IA. Ce qu’on appelle la littĂ©ratie IA, c’est-Ă -dire la capacitĂ© Ă  prompter, Ă  connaĂźtre les outils, Ă  l’adopter dans son quotidien professionnel. La France dispose d’ailleurs d’une avance assez consĂ©quente en la matiĂšre. Ensuite, ce sont les compĂ©tences comportementales, auxquelles l’IA permet de revenir au premier plan. Elle permet Ă  tout type de professionnel de dĂ©gager du temps qualitatif Ă  passer avec ses parties prenantes et de travailler son esprit critique. Le troisiĂšme type de compĂ©tences qui font la diffĂ©rence, ce sont les compĂ©tences vertes. L’ensemble des compĂ©tences relatives Ă  la transition Ă©cologique sont demandĂ©es Ă  un rythme deux fois supĂ©rieur Ă  l’ensemble des autres demandes de recrutement. Si vous disposez d’une ou plusieurs de ces compĂ©tences, vous avez deux fois plus de chances d’ĂȘtre recrutĂ©.

Ce qui rend crucial le développement des compétences


Absolument, aujourd’hui on ne fait plus carriĂšre sur un mĂ©tier ou une entreprise, mais sur un socle de compĂ©tences. Et d’ici Ă  2030, 70% de celles que vous possĂ©dez, quel que soit votre mĂ©tier, auront Ă©tĂ© transformĂ©es. On observe une accĂ©lĂ©ration de l’obsolescence des compĂ©tences. MĂȘme si vous ne changez pas de job, votre job changera pour vous. C’est pourquoi nous accompagnons les entreprises et les particuliers dans leur dĂ©veloppement et leur identification.

« D’ici Ă  2030, 70 % des compĂ©tences que vous possĂ©dez auront Ă©tĂ© transformĂ©es Â»

Au-delĂ  de la mobilitĂ©, le taux de connexion des professionnels au premier rĂ©seau professionnel du monde est un indicateur d’une forme d’intĂ©gration Ă  la globalisation. En France, par exemple, combien d’actifs sont sur LinkedIn ? Y a-t-il des exclus du marchĂ© du travail ?

90% de la population active française possĂšde un compte. Nous reprĂ©sentons toute sĂ©nioritĂ©, toute nature de compĂ©tences, pas seulement les CSP+. Quatre gĂ©nĂ©rations cohabitent de maniĂšre quasi-systĂ©matique dans toutes les entreprises. Nos Ă©tudes rĂ©vĂšlent d’ailleurs une forte attente sur l’intergĂ©nĂ©rationnel. Les deux gĂ©nĂ©rations les plus anciennes estiment que les deux gĂ©nĂ©rations les plus jeunes ont beaucoup Ă  leur apprendre. Il y a en revanche de gros Ă©carts entre elles en termes d’attentes et de prioritĂ©. Les trois mĂȘmes ingrĂ©dients reviennent : flexibilitĂ©, Ă©quilibre vie professionnellevie personnelle, salaire ; mais pas dans le mĂȘme ordre.

Vous avez d’ailleurs de plus en plus d’étudiants


Ils ont compris la nécessité de se construire un réseau.

Avoir un rĂ©seau est encore plus important qu’avant ?

Ça l’a toujours Ă©tĂ©. Mais, aujourd’hui, lorsque vous avez dĂ©jĂ  une connexion dans l’entreprise dans laquelle vous candidatez, vous avez quatre fois plus de chances d’ĂȘtre recrutĂ©. Une fois que j’ai dit ça, j’ai tout dit sur l’importance du rĂ©seau.

« Lorsque vous avez dĂ©jĂ  une connexion dans l’entreprise dans laquelle vous candidatez, vous avez quatre fois plus de chances d’ĂȘtre recrutĂ©s Â»

Mais tout le monde n’a pas les mĂȘmes chances de se constituer un rĂ©seau fort


C’est vrai, dans le sens oĂč la premiĂšre strate d’un rĂ©seau, c’est l’environnement familial et amical dans lequel vous avez Ă©voluĂ©. La deuxiĂšme composante, c’est l’école, l’universitĂ© dont vous ĂȘtes diplĂŽmĂ©. La troisiĂšme, ce sont les entreprises dans lesquelles vous avez Ă©voluĂ©. Si vous avez l’un de ces trois piliers, vous avez trois fois plus de chances d’avoir un rĂ©seau fort. Si vous avez les trois, vous avez douze fois plus de chances. C’est absolument considĂ©rable et on retrouve malheureusement certains ingrĂ©dients du dĂ©terminisme social.

Fabienne Arata

EN UN REGARD

1988

DiplÎmée de SKEMA Business School en Stratégie et Marketing

1989

Rejoint IBM en tant qu’ingĂ©nieur d’affaires

2002

Crée et dirige la practice conseil Human Capital Management chez IBM Global Services

2007

Directrice gĂ©nĂ©rale d’Anelia, Filiale d’IBM

2009

General Manager de Colombus IT

2012

Devient Brand General Manager au sein du groupe Manpower

2017

Rejoint LinkedIn en tant que Country Manager France

2019

Nommée membre du Board de Fimalac

2022

DĂ©corĂ©e Chevalier de l’Ordre National du MĂ©rite

2025

Membre du Board de SKEMA Business School

Partager

GLIMPSE

Recevez les prochains numéros

Suivez-nous