Julien Tanguy (SKEMA 1995)

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18 min

Julien Tanguy (SKEMA 1995) est ex-directeur gĂ©nĂ©ral Finance du groupe Edenred, spĂ©cialisĂ© dans les solutions de paiement Ă  usages spĂ©cifiques. Il nous partage sa vision d’une transformation continue, portĂ©e par le digital, les acquisitions d’entreprises et l’évolution des besoins des clients.

Propos recueillis
par Antoine Boitez

Edenred est souvent perçue comme une entreprise pionniĂšre de la digitalisation. Comment avez-vous menĂ© cette transformation ?

Quand j’ai rejoint Edenred il y a prĂšs de 15 ans, l’entreprise Ă©tait encore axĂ©e sur ses produits physiques, on se rappelle tous du fameux Ticket RestaurantÂź papier. Depuis cette Ă©poque, nous avons opĂ©rĂ© un virage radical pour devenir une vĂ©ritable entreprise de tech’. Aujourd’hui, nos solutions sont essentiellement numĂ©riques, et les mĂ©tiers technologiques reprĂ©sentent un tiers de nos effectifs. Cette transformation a progressĂ© par Ă©tapes : le passage du papier Ă  la carte dĂšs 2011, puis l’intĂ©gration du paiement mobile en 2016, et maintenant des solutions 100 % dĂ©matĂ©rialisĂ©es accessibles via notre application.

Comment la gouvernance joue-t-elle un rĂŽle dans la transformation et la prise de dĂ©cision chez Edenred ?

Elle est structurĂ©e de maniĂšre classique, mais elle est optimisĂ©e pour soutenir nos projets de transformation. Nous sommes une sociĂ©tĂ© Ă  conseil d’administration avec un board de 12 membres, incluant notre prĂ©sident. Ce board fixe le cap et la stratĂ©gie gĂ©nĂ©rale. Ensuite, le comitĂ© exĂ©cutif, composĂ© d’une dizaine de personnes – responsables des lignes de mĂ©tier, DRH, directeur financier, DSI, responsables de la communication et de la stratĂ©gie –, traduit cette vision en actions. Les dĂ©cisions majeures suivent des processus clairs.

Nous avons des comitĂ©s d’investissement distincts pour les projets internes et pour les acquisitions (M&A). La rĂ©partition des responsabilitĂ©s est prĂ©cise : jusqu’à un certain montant, les dĂ©cisions relĂšvent du directeur financier, au-delĂ , elles passent par le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral ou le board. Cela garantit une cohĂ©rence et une rĂ©activitĂ© tout en respectant des rĂšgles Ă©tablies. Nous avons des « business reviews Â» trimestrielles, au cours desquelles nous passons en revue la performance de chaque pays, en intĂ©grant des sujets qui vont audelĂ  des simples aspects financiers. Nous nous dĂ©plaçons beaucoup sur le terrain pour rencontrer les Ă©quipes, comprendre leurs dĂ©fis et ajuster nos prioritĂ©s en fonction des rĂ©alitĂ©s locales. Cette organisation nous permet de rester agiles et de piloter efficacement notre transformation Ă  l’échelle mondiale.

« La transformation digitale ne doit pas ĂȘtre une couche supplĂ©mentaire, elle doit ĂȘtre intĂ©grĂ©e au modĂšle Ă©conomique. Â»

Quels ont Ă©tĂ© les principaux dĂ©fis liĂ©s Ă  cette transformation ?

Le premier dĂ©fi a Ă©tĂ© l’évolution des compĂ©tences. Les Ă©quipes que nous avons aujourd’hui sont trĂšs diffĂ©rentes de celles que nous avions il y a dix ans. Nous avons dĂ» former nos collaborateurs et recruter des talents issus de grandes entreprises tech’ (ndlr : voir plus loin) pour accompagner notre transition.

Ensuite, il y a eu les changements organisationnels. Nous avons créé des postes et des dĂ©partements qui n’existaient pas auparavant, comme celui de Chief Product Officer ou des Ă©quipes dĂ©diĂ©es Ă  l’architecture des solutions. Enfin, la sĂ©curitĂ© digitale est devenue une prioritĂ©. Nous allouons aujourd’hui 10 % de notre budget technologique Ă  la cybersĂ©curitĂ©.

« Edenred investit massivement dans la cybersĂ©curitĂ© car le risque n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©. Â»

Comment la formation contribue-t-elle Ă  la transformation chez Edenred ?

La formation est un pilier essentiel de notre stratĂ©gie de transformation. Nous avons mis en place une plateforme de formation digitale accessible Ă  nos 13 000 collaborateurs. Elle contient des modules obligatoires, mais aussi une multitude de modules optionnels pour permettre Ă  chacun de se former selon ses besoins ou envies. Vous pouvez accĂ©der Ă  des ressources sur des thĂ©matiques variĂ©es, notamment sur les mĂ©thodes de projet, la cybersĂ©curitĂ© ou des outils comme ChatGPT.

Nous avons d’ailleurs dĂ©veloppĂ© un module spĂ©cifique pour apprendre Ă  utiliser l’IA. Elle peut agir comme un vĂ©ritable copilote dans les tĂąches quotidiennes, mais son adoption n’est pas toujours intuitive. Ce module aide nos collaborateurs Ă  comprendre comment poser les bonnes questions, structurer leurs demandes, Ă  l’exploiter pleinement pour gagner en efficacitĂ©.

Comment Edenred intĂšgre-t-elle la durabilitĂ© dans sa transformation ?

La durabilitĂ© est au cƓur de notre stratĂ©gie. Nos solutions promeuvent des comportements responsables. Nous encourageons, par exemple, l’utilisation de vĂ©hicules Ă©lectriques et mettons Ă  disposition des solutions pour gĂ©rer les pĂ©ages et les frais de carburant de maniĂšre plus efficiente. Ces solutions aident les entreprises du monde entier Ă  rĂ©duire leur empreinte carbone tout en optimisant leurs coĂ»ts.

Nous mesurons Ă©galement nos performances extra-financiĂšres, au niveau du groupe et en local. Au BrĂ©sil, nous avons mis en place des objectifs prĂ©cis liĂ©s Ă  la rĂ©duction des Ă©missions et Ă  l’impact social. C’est un marchĂ© oĂč les enjeux environnementaux et sociaux sont particuliĂšrement visibles, et nous voulons y jouer un rĂŽle moteur.

Vous mentionnez l’importance des marchĂ©s locaux dans votre stratĂ©gie.
Le BrĂ©sil semble jouer un rĂŽle particulier. Pourquoi ?

Le BrĂ©sil est un marchĂ© clĂ© pour Edenred, non seulement par sa taille, mais aussi par sa capacitĂ© Ă  adopter rapidement l’innovation. C’est un pays oĂč nous avons dĂ©veloppĂ© certaines de nos solutions les plus avancĂ©es. Par exemple, dans le domaine des services de mobilitĂ©, nous avons intĂ©grĂ© des fonctionnalitĂ©s adaptĂ©es aux spĂ©cificitĂ©s locales, comme les pĂ©ages Ă©lectroniques ou les services pour vĂ©hicules Ă©lectriques, essentiels dans un pays oĂč les dĂ©placements routiers dominent.

Le BrĂ©sil agit souvent comme un laboratoire d’innovation pour Edenred. En raison de sa diversitĂ© Ă©conomique et gĂ©ographique, il nous pousse Ă  adapter nos solutions pour rĂ©pondre aux besoins variĂ©s des clients. Ces apprentissages sont ensuite exportĂ©s vers d’autres marchĂ©s. C’est un excellent exemple de notre approche glocale : penser globalement tout en agissant localement.

Edenred a, au cours de ces derniÚres années, acquis plusieurs entreprises.
Ces acquisitions servent-elles de levier de transformation Ă  proprement parler ?

Les acquisitions sont un levier stratĂ©gique majeur pour accĂ©lĂ©rer la diversification de nos activitĂ©s. Prenons l’exemple de Reward Gateway (voir aussi plus loin), une entreprise anglaise spĂ©cialisĂ©e dans les plateformes d’engagement des collaborateurs. Cette sociĂ©tĂ©, axĂ©e sur des services comme la communication interne, le bien-ĂȘtre ou les programmes de motivation et de rĂ©compense est particuliĂšrement prisĂ©e dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis, Australie). Nous avons investi 1,3 milliard d’euros pour l’acquĂ©rir et nous dĂ©ployons dĂ©sormais ses fonctionnalitĂ©s en Europe continentale, oĂč les jeunes gĂ©nĂ©rations et nos clients montrent un fort intĂ©rĂȘt pour ce type de solutions.

Dans le domaine de la mobilitĂ©, nous avons Ă©galement acquis une sociĂ©tĂ© danoise spĂ©cialisĂ©e dans les logiciels pour vĂ©hicules Ă©lectriques et la gestion de bornes de recharge. Cette acquisition reflĂšte notre volontĂ© de rĂ©pondre aux enjeux de durabilitĂ© et d’élargir nos offres sur des marchĂ©s en pleine mutation. Ces acquisitions posent des dĂ©fis spĂ©cifiques, notamment en termes d’intĂ©gration culturelle et organisationnelle. Avant toute acquisition, nous visitons systĂ©matiquement les bureaux pour Ă©valuer la compatibilitĂ© managĂ©riale et la culture d’entreprise. Une fois l’acquisition rĂ©alisĂ©e, nous cherchons un Ă©quilibre entre mutualisation et autonomie.

« L’évolution des attentes des clients nous oblige Ă  repenser notre approche en permanence. Â»

Julien Tanguy

EN UN REGARD

1995

DiplÎmé du programme Grande Ecole de SKEMA Business School.

1996

DĂ©bute sa carriĂšre en tant qu’auditeur chez PricewaterhouseCoopers.

2001

Rejoint SFR comme Controlling Manager.

2005

Intùgre Europcar en tant que Directeur Financier d’Europcar Information Services, puis devient Directeur Financier d’Europcar France.

2011

Rejoint Edenred France comme Directeur Administratif et Financier.

2012

Cumule les fonctions de Directeur Financier et de Directeur des Opérations chez Edenred France.

2016

NommĂ© Directeur GĂ©nĂ©ral d’Edenred France.

2021

Promu Directeur Général Finance du Groupe Edenred et intÚgre le Comité Exécutif.

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