#4 - AVRIL 2025
Julien Tanguy (SKEMA 1995)
âĂ LA FIN,
NOTRE PRINCIPAL ACTIF
CE SONT NOS COLLABORATEURSâ
Julien Tanguy (SKEMA 1995) est ex-directeur gĂ©nĂ©ral Finance du groupe Edenred, spĂ©cialisĂ© dans les solutions de paiement Ă usages spĂ©cifiques. Il nous partage sa vision dâune transformation continue, portĂ©e par le digital, les acquisitions dâentreprises et lâĂ©volution des besoins des clients.

Propos recueillis
par Antoine Boitez
Edenred est souvent perçue comme une entreprise pionniÚre de la digitalisation. Comment avez-vous mené cette transformation ?
Quand jâai rejoint Edenred il y a prĂšs de 15 ans, lâentreprise Ă©tait encore axĂ©e sur ses produits physiques, on se rappelle tous du fameux Ticket RestaurantÂź papier. Depuis cette Ă©poque, nous avons opĂ©rĂ© un virage radical pour devenir une vĂ©ritable entreprise de techâ. Aujourdâhui, nos solutions sont essentiellement numĂ©riques, et les mĂ©tiers technologiques reprĂ©sentent un tiers de nos effectifs. Cette transformation a progressĂ© par Ă©tapes : le passage du papier Ă la carte dĂšs 2011, puis lâintĂ©gration du paiement mobile en 2016, et maintenant des solutions 100 % dĂ©matĂ©rialisĂ©es accessibles via notre application.
Comment la gouvernance joue-t-elle un rÎle dans la transformation et la prise de décision chez Edenred ?
Elle est structurĂ©e de maniĂšre classique, mais elle est optimisĂ©e pour soutenir nos projets de transformation. Nous sommes une sociĂ©tĂ© Ă conseil dâadministration avec un board de 12 membres, incluant notre prĂ©sident. Ce board fixe le cap et la stratĂ©gie gĂ©nĂ©rale. Ensuite, le comitĂ© exĂ©cutif, composĂ© dâune dizaine de personnes â responsables des lignes de mĂ©tier, DRH, directeur financier, DSI, responsables de la communication et de la stratĂ©gie â, traduit cette vision en actions. Les dĂ©cisions majeures suivent des processus clairs.
Nous avons des comitĂ©s dâinvestissement distincts pour les projets internes et pour les acquisitions (M&A). La rĂ©partition des responsabilitĂ©s est prĂ©cise : jusquâĂ un certain montant, les dĂ©cisions relĂšvent du directeur financier, au-delĂ , elles passent par le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral ou le board. Cela garantit une cohĂ©rence et une rĂ©activitĂ© tout en respectant des rĂšgles Ă©tablies. Nous avons des « business reviews » trimestrielles, au cours desquelles nous passons en revue la performance de chaque pays, en intĂ©grant des sujets qui vont audelĂ des simples aspects financiers. Nous nous dĂ©plaçons beaucoup sur le terrain pour rencontrer les Ă©quipes, comprendre leurs dĂ©fis et ajuster nos prioritĂ©s en fonction des rĂ©alitĂ©s locales. Cette organisation nous permet de rester agiles et de piloter efficacement notre transformation Ă lâĂ©chelle mondiale.
« La transformation digitale ne doit pas ĂȘtre une couche supplĂ©mentaire, elle doit ĂȘtre intĂ©grĂ©e au modĂšle Ă©conomique. »
Quels ont été les principaux défis liés à cette transformation ?
Le premier dĂ©fi a Ă©tĂ© lâĂ©volution des compĂ©tences. Les Ă©quipes que nous avons aujourdâhui sont trĂšs diffĂ©rentes de celles que nous avions il y a dix ans. Nous avons dĂ» former nos collaborateurs et recruter des talents issus de grandes entreprises techâ (ndlr : voir plus loin) pour accompagner notre transition.
Ensuite, il y a eu les changements organisationnels. Nous avons créé des postes et des dĂ©partements qui nâexistaient pas auparavant, comme celui de Chief Product Officer ou des Ă©quipes dĂ©diĂ©es Ă lâarchitecture des solutions. Enfin, la sĂ©curitĂ© digitale est devenue une prioritĂ©. Nous allouons aujourdâhui 10 % de notre budget technologique Ă la cybersĂ©curitĂ©.
« Edenred investit massivement dans la cybersĂ©curitĂ© car le risque nâa jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©. »
Comment la formation contribue-t-elle Ă la transformation chez Edenred ?
La formation est un pilier essentiel de notre stratégie de transformation. Nous avons mis en place une plateforme de formation digitale accessible à nos 13 000 collaborateurs. Elle contient des modules obligatoires, mais aussi une multitude de modules optionnels pour permettre à chacun de se former selon ses besoins ou envies. Vous pouvez accéder à des ressources sur des thématiques variées, notamment sur les méthodes de projet, la cybersécurité ou des outils comme ChatGPT.
Nous avons dâailleurs dĂ©veloppĂ© un module spĂ©cifique pour apprendre Ă utiliser lâIA. Elle peut agir comme un vĂ©ritable copilote dans les tĂąches quotidiennes, mais son adoption nâest pas toujours intuitive. Ce module aide nos collaborateurs Ă comprendre comment poser les bonnes questions, structurer leurs demandes, Ă lâexploiter pleinement pour gagner en efficacitĂ©.
Comment Edenred intÚgre-t-elle la durabilité dans sa transformation ?
La durabilitĂ© est au cĆur de notre stratĂ©gie. Nos solutions promeuvent des comportements responsables. Nous encourageons, par exemple, lâutilisation de vĂ©hicules Ă©lectriques et mettons Ă disposition des solutions pour gĂ©rer les pĂ©ages et les frais de carburant de maniĂšre plus efficiente. Ces solutions aident les entreprises du monde entier Ă rĂ©duire leur empreinte carbone tout en optimisant leurs coĂ»ts.
Nous mesurons Ă©galement nos performances extra-financiĂšres, au niveau du groupe et en local. Au BrĂ©sil, nous avons mis en place des objectifs prĂ©cis liĂ©s Ă la rĂ©duction des Ă©missions et Ă lâimpact social. Câest un marchĂ© oĂč les enjeux environnementaux et sociaux sont particuliĂšrement visibles, et nous voulons y jouer un rĂŽle moteur.
Vous mentionnez lâimportance des marchĂ©s locaux dans votre stratĂ©gie.
Le Brésil semble jouer un rÎle particulier. Pourquoi ?
Le BrĂ©sil est un marchĂ© clĂ© pour Edenred, non seulement par sa taille, mais aussi par sa capacitĂ© Ă adopter rapidement lâinnovation. Câest un pays oĂč nous avons dĂ©veloppĂ© certaines de nos solutions les plus avancĂ©es. Par exemple, dans le domaine des services de mobilitĂ©, nous avons intĂ©grĂ© des fonctionnalitĂ©s adaptĂ©es aux spĂ©cificitĂ©s locales, comme les pĂ©ages Ă©lectroniques ou les services pour vĂ©hicules Ă©lectriques, essentiels dans un pays oĂč les dĂ©placements routiers dominent.
Le BrĂ©sil agit souvent comme un laboratoire dâinnovation pour Edenred. En raison de sa diversitĂ© Ă©conomique et gĂ©ographique, il nous pousse Ă adapter nos solutions pour rĂ©pondre aux besoins variĂ©s des clients. Ces apprentissages sont ensuite exportĂ©s vers dâautres marchĂ©s. Câest un excellent exemple de notre approche glocale : penser globalement tout en agissant localement.
Edenred a, au cours de ces derniÚres années, acquis plusieurs entreprises.
Ces acquisitions servent-elles de levier de transformation Ă proprement parler ?
Les acquisitions sont un levier stratĂ©gique majeur pour accĂ©lĂ©rer la diversification de nos activitĂ©s. Prenons lâexemple de Reward Gateway (voir aussi plus loin), une entreprise anglaise spĂ©cialisĂ©e dans les plateformes dâengagement des collaborateurs. Cette sociĂ©tĂ©, axĂ©e sur des services comme la communication interne, le bien-ĂȘtre ou les programmes de motivation et de rĂ©compense est particuliĂšrement prisĂ©e dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Ătats-Unis, Australie). Nous avons investi 1,3 milliard dâeuros pour lâacquĂ©rir et nous dĂ©ployons dĂ©sormais ses fonctionnalitĂ©s en Europe continentale, oĂč les jeunes gĂ©nĂ©rations et nos clients montrent un fort intĂ©rĂȘt pour ce type de solutions.
Dans le domaine de la mobilitĂ©, nous avons Ă©galement acquis une sociĂ©tĂ© danoise spĂ©cialisĂ©e dans les logiciels pour vĂ©hicules Ă©lectriques et la gestion de bornes de recharge. Cette acquisition reflĂšte notre volontĂ© de rĂ©pondre aux enjeux de durabilitĂ© et dâĂ©largir nos offres sur des marchĂ©s en pleine mutation. Ces acquisitions posent des dĂ©fis spĂ©cifiques, notamment en termes dâintĂ©gration culturelle et organisationnelle. Avant toute acquisition, nous visitons systĂ©matiquement les bureaux pour Ă©valuer la compatibilitĂ© managĂ©riale et la culture dâentreprise. Une fois lâacquisition rĂ©alisĂ©e, nous cherchons un Ă©quilibre entre mutualisation et autonomie.
« LâĂ©volution des attentes des clients nous oblige Ă repenser notre approche en permanence. »
Julien Tanguy
EN UN REGARD
1995
DiplÎmé du programme Grande Ecole de SKEMA Business School.
1996
DĂ©bute sa carriĂšre en tant quâauditeur chez PricewaterhouseCoopers.
2001
Rejoint SFR comme Controlling Manager.
2005
IntĂšgre Europcar en tant que Directeur Financier dâEuropcar Information Services, puis devient Directeur Financier dâEuropcar France.
2011
Rejoint Edenred France comme Directeur Administratif et Financier.
2012
Cumule les fonctions de Directeur Financier et de Directeur des Opérations chez Edenred France.
2016
NommĂ© Directeur GĂ©nĂ©ral dâEdenred France.
2021
Promu Directeur Général Finance du Groupe Edenred et intÚgre le Comité Exécutif.