Kelly Hebert, l’experte de demain

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C’est une femme qui a vu arriver ChatGPT sans s’en laisser impressionner. L’essor de l’IAG n’a pas déstabilisé Kelly Hébert (SKEMA 2009), directrice générale France, BeLux de M&G Investments, il a plutôt conforté sa trajectoire. Pour elle, être experte de l’IA, c’est surtout comprendre ce que l’IA ne peut pas faire et continuer à faire valoir ce savoir-faire profondément humain.

ON NOUS A VENDU l’intelligence artificielle générative (IAG) comme une révolution. Et elle l’est. Mais certains discours ont laissé croire que les experts d’hier ne seraient plus les experts de demain, que l’IAG allait les obliger à se transformer, à les contraindre à assouplir leurs compétences : à oublier leurs hard skills pour développer leurs soft skills, sous peine de disparaître. La réalité est plus subtile. Les véritables experts, comme Kelly Hébert (SKEMA 2009), n’ont pas attendu l’IA pour évoluer. Les vrais leaders d’hier s’appuyaient déjà sur une compréhension fine de l’humain. Ils sont déjà les experts de demain.

Au deuxième étage d’un immeuble en pierre de taille parisien, Kelly Hébert vit la tempête de l’IA avec sérénité. Elle arrive et pose ses mains, vous regarde d’un œil bleu attentif, et sourit des experts qui parlent… de la fin des experts. « Ça me ferait très peur de démarrer ma carrière avec l’IA sans mes 20 ans d’expérience. C’est grâce à eux que je peux l’utiliser intelligemment. » Au quotidien, Kelly Hébert se voit comme une « chef d’orchestre ». Elle met en musique l’activité commerciale au rythme des marchés financiers. En plus d’être la Global Head of Sustainability Development de M&G Investments, l’une des principales sociétés de gestion d’actifs en Europe, Kelly Hébert en est sa directrice générale France, Belgique et Luxembourg. Un titre long comme un prompt qui demande des connaissances techniques, mais surtout « une énergie ».

L’INTELLIGENCE DES ÉLÉMENTS

Kelly Hébert côtoie des gens. Des clients qu’il faut comprendre, qu’il faut convaincre. « Ce que je fais bien, c’est créer du lien et du liant. Tout repose sur l’énergie que tu renvoies. Et ça, c’est quelque chose d’inné. Mais, avec l’expérience, tu apprends à la canaliser. » Comme en kitesurf ? « Exactement. » En kitesurf, « les débutants font tous la même erreur ». Ils sont « persuadés qu’il faut mettre beaucoup de force et d’énergie pour mieux contrôler l’aile », mais « pas du tout, c’est un piano, la barre se pilote très doucement, elle est très sensible ».

Un doigté particulièrement utile quand la météo change vite : « en finance, le vent d’ouest qui s’appelle Trump peut, en un tweet, faire la pluie et le beau temps sur les marchés. Pour m’adapter, je mise beaucoup sur mon empathie, ma sensibilité à mon environnement. Tout ce que je peux faire, c’est rester flexible et être la plus agile possible. L’incertitude n’est pas qu’une mauvaise nouvelle : certains vents créent des tempêtes, d’autres t’aident à avancer. »

L’IA lui fait prendre de la vitesse, elle surfe d’un sujet à l’autre lors des réunions. « Je couvre beaucoup de sujets différents. Avant, c’était compliqué d’arriver toujours préparée. Cet après-midi, j’ai une interview BFM. Là où j’aurais mis deux heures à réunir les derniers chiffres macro, les dernières performances de nos fonds, je mets cinq minutes à lui dicter mes besoins et à les vérifier. Je m’en sers comme d’une première base, et suis plus affûtée pour apporter tout de suite ma valeur ajoutée. »

HARD SKILLS, SOFT POWER

Sa valeur ajoutée : convaincre. L’IA n’est pas sa première révolution, Kelly Hébert a connu celle de l’ESG. « Quand j’arrive chez M&G Investments (ndlr : 2014), les entreprises anglaises sont encore en retrait en matière de finance durable. Pour vendre mes produits, j’ai donc besoin d’intégrer davantage ces critères, j’adopte une posture de lobbyiste et… au début, je me fais envoyer sur les roses ! Pour faire évoluer les mentalités, je mets directement les gérants de portefeuille en face de mes investisseurs, pour qu’ils l’entendent de leur bouche leurs besoins et leurs attentes. »

Car si l’IA brouille la notion d’expertise, la finance continue d’exiger des expertes. « Quand j’ai commencé il y a 18 ans, il fallait que je sois deux fois plus technique qu’un homme pour obtenir le même respect. Les choses ont beaucoup changé, mais les grandes réussites, dans ce milieu, sont encore souvent des histoires d’hommes, c’est le modèle auquel on s’identifie. Il faut qu’il y ait des réussites féminines. »

Être une experte aujourd’hui, c’est savoir jouer de ses hard skills pour mieux servir ses soft skills. Surtout en France où l’apparence des compétences prime parfois sur le savoir-faire. « En France, un expert c’est un sénior ou quelqu’un qui a un diplôme de finance pour faire de la finance, ça nous rassure, sourit la Franco-Néerlandaise qui dirige une entreprise anglaise. Au Royaume-Uni, vous pouvez être gérant de portefeuille en sortant d’un bachelor sur l’art français. Ils prendront le risque s’ils sentent que ça peut fonctionner. Un expert, là-bas, c’est quelqu’un qui fait le job. » Avec et sans ChatGPT, mais toujours avec du savoir-être. Kelly Hébert, l’art et la manière.

Kelly Hébert
EN UN REGARD

2009

Diplômée de SKEMA Business School

2010

Devient Head of sales Benelux à La Financière de l’Échiquier

2014

Rejoint M&G Investments en tant que Sales Director Benelux

2018

Devient Head of Belgium & Luxembourg

2021

Global Head of ESG Development

2024

Country Head France, Belgium, Luxembourg & Global Head of ESG Development à M&G Investments

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