L’IA, l’art de rester indispensable

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7 min

On a donné à Fabien Gillen (SKEMA 1998) pleins pouvoirs sur cette page. Et le vice-président Ressources humaines du Groupe Valéo en a profité pour faire passer ce message.

Par Fabien Gillen
Vice-président Ressources humaines
Groupe Valéo

AU CŒUR DE L’INNOVATION et de l’excellence opérationnelle du Groupe Valeo, l’expertise a toujours constitué une filière essentielle au développement des compétences techniques.

Elle n’est pas seulement la valorisation d’un savoir-faire académique mais l’association d’une pensée créative permettant notamment au Groupe Valeo d’être en 2024 le premier déposant français de brevets dans le monde et d’une capacité à transmettre auprès des plus jeunes afin de les faire grandir professionnellement.

A l’heure du déploiement accéléré de l’intelligence artificielle, les schémas traditionnels de constitution de ces réseaux d’experts sont bouleversés par l’évolution de certaines activités avec des tâches confiées à l’IA. Ceci constitue un vrai game changer représentant une réserve de productivité considérable pour les équipes R&D.

Ce n’est pas une remise en cause de l’utilité de certains savoirs et de certaines expertises. Cependant l’IA accélérant considérablement les boucles de développement (analyse système, design, simulation, test & validation), l’organisation devra évoluer, et chaque ingénieur équipé d’IA devra maîtriser une palette plus grande de connaissances.

Ce n’est donc pas la fin programmée des experts dans l’entreprise mais ceux-ci devront évoluer en compétences dans une compréhension plus holistique de leur domaine d’application et apprendre à user de l’IA en tant que vecteur d’efficacité et de capacité augmentée. Nous aurons également d’autant plus besoin de master experts ayant une connaissance très avancée de leur sujet et capables de faire évoluer nos modèles.

Il s’agit à la fois d’apprendre jour après jour par l’usage de l’IA à en utiliser le plein potentiel, de repenser donc la valeur ajoutée de l’expertise augmentée et d’allouer le temps gagné de manière productive. Dans un secteur aussi exigeant que l’automobile, où la précision et la vitesse d’innovation sont vitales, cette approche hybride semble être le seul moyen de rester dans la course face à une concurrence mondiale extrêmement agressive.

Il est bon de rappeler également que plus la puissance de l’IA semble impressionnante, plus la sagacité liée à son utilisation est cruciale pour éviter les phénomènes d’« hallucinations » ou de conclusion erronée. La puissance sans la maîtrise n’est rien rappelait un célèbre manufacturier du pneumatique il y a quelques années. La difficulté reposant sur la nature parfois immaîtrisée du fonctionnement des algorithmes régissant l’IA qui nécessite in fine probablement un esprit humain pour en déceler les failles et les incohérences. On peut ainsi espérer une revanche a posteriori sur Big Blue!

L’évolution de la notion d’expertise dans un sens de maîtrise des systèmes globaux plus que sur des tâches de nature applicative interroge également sur les formes d’apprentissage des jeunes impétrants. Comment devenir expert si l’IA prive indirectement de certains chemins d’exploration qui forge la compréhension fine des systèmes complexes et permettent justement de pouvoir ensuite les concevoir et les vérifier? De nouvelles trajectoires seront nécessaires pour préserver des savoirs fondamentaux tout en accélérant la courbe d’apprentissage. Et qui d’autres que nos experts actuels pourraient mieux les élaborer? Un retour au centre du jeu entre pilotage de l’IA et mentoring des futurs experts augmentés.

Cette transformation des métiers et de la nature des expertises est inéluctable et l’anticipation absolument essentielle pour piloter la montée en compétences des équipes et de gérer proactivement les impacts sur l’emploi. Travail en concertation, dialogue social, acculturation à l’IA et accompagnement de l’ensemble des acteurs seront plus qu’utiles pour relever ensemble ces défis.

Gardons confiance dans la créativité de l’esprit humain pour faire de l’IA un copilote avisé et non une machine infernale!

Son conseil de lecture

De Didier Van Cauwelaert (Fayard)

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