McKinsey et pour quelques tokens de plus…

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Le cabinet McKinsey & Company a franchi en 2025 un cap symbolique. Il revendique avoir utilisé plus de 100 milliards de tokens via ChatGPT Enterprise. Un jalon qu’OpenAI a tenu à saluer en distinguant le cabinet lors d’un événement clients, mettant en avant l’un des usages les plus massifs de l’IA générative en entreprise. Derrière la prouesse technologique, une question demeure : quelle est la valeur d’un conseil assisté par l’IA ?

Par Antoine Boitez

FIN OCTOBRE 2025, les réseaux professionnels se font l’écho d’une annonce aussi discrète qu’éloquente. La start-up états-unienne OpenAI met en lumière McKinsey pour avoir franchi le seuil des 100 milliards de tokens consommés. Un chiffre énorme. Il représente un volume revendiqué, mais non audité publiquement. L’équivalent de milliards de mots traités par l’IA. En prenant une estimation moyenne d’environ 0,75 mot par token, on obtient près de 75 milliards de mots générés, analysés ou reformulés.

L’humain fixe encore la direction mais la machine fournit l’élan

Rapporté aux quelque 40 000 collaborateurs du cabinet, sur environ 200 jours ouvrables, cela équivaut à un usage moyen d’un peu plus de 12 000 tokens par personne et par jour. Des projections, plus que des mesures exactes, qui donnent néanmoins la mesure de l’intégration de l’IA dans le quotidien du conseil. Pour les partners, plus intensément exposés aux phases de cadrage et de restitution, l’usage apparaît logiquement plus soutenu. Suffisant, en tout cas, pour transformer les routines de travail.

100 MILLIARDS DE TOKENS, ET NOUS ET NOUS ET NOUS…

Chiffres à l’appui, déconstruisons. Un token ChatGPT correspond en moyenne à trois quarts de mot en anglais. Multipliez par plusieurs dizaines de milliards, et vous obtenez une bibliothèque textuelle tentaculaire : notes internes, synthèses sectorielles, analyses de données, supports de présentation. Si le coût, lui, reste opaque, les estimations évoquent une fourchette comprise entre un et trois millions de dollars par an pour un contrat Enterprise de cette ampleur, selon des standards observés chez les grands comptes.

Pour autant, les commentateurs et spécialistes du secteur tempèrent. L’IA agit avant tout comme un copilote : elle accélère la recherche, structure l’information, soigne les présentations, teste des hypothèses. Les cadres méthodologiques emblématiques du cabinet, à savoir de la matrice 7S aux cinq forces de Porter, restent largement pilotés par l’expertise humaine.

LES BARRIÈRES SE BAISSENT

Si l’annonce ne fait pas l’unanimité dans le landerneau, sur le forum Reddit et dans certaines communautés professionnelles, les critiques pleuvent : les clients paient-ils des honoraires élevés pour des livrables partiellement générés par l’IA ? McKinsey réfute toute logique de substitution massive et assure que l’IA soutient la montée en gamme, sans nourrir de plans de licenciements automatisés.

Le doute s’installe néanmoins. Consultants indépendants et petites structures, désormais armés d’outils comparables, ne viennent-ils pas fragiliser le monopole du conseil premium ? L’IA abaisse les barrières à l’entrée, sans pour autant gommer l’écart d’expérience, de réseau et de crédibilité.

DE CAP ET D’ÉLAN

À l’aube de 2026, McKinsey incarne un conseil en transition. L’IA démocratise des capacités autrefois réservées aux géants, tout en posant une question centrale aux futurs clients : quel retour sur investissement attendre ? Faut-il payer pour une expertise augmentée par l’IA, ou internaliser ces outils et reprendre la main ? Les plus de 100 milliards de tokens marquent l’entrée dans une ère hybride. Une ère où l’humain fixe encore la direction, mais où la machine fournit l’élan. Reste à savoir qui, demain, fixera réellement le cap.

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